Mercredi 18 Jul 2012

Valérie Fourneyron interviewée par ToutEduc

"Le temps de loisir de chaque enfant, c'est quantitativement le temps le plus important. Les inégalités d'accès aux pratiques culturelles ou sportives sont considérables." Valérie Fourneyron était le 13 juillet à Saint-Etienne, et notamment au centre de loisirs du quartier de Terrenoire. La ministre des Sports, de la Jeunesse, de l'Education populaire et de la Vie associative répond aux questions de ToutEduc.

ToutEduc : Nous avons vu au centre de loisirs de Terrenoire plusieurs visages de la Jeunesse. Comment définiriez-vous cet âge de la vie ?

Valérie Fourneyron : La jeunesse est le temps du passage de l'enfance à l'âge adulte. Le parcours était autrefois plutôt linéaire, il est marqué à présent par des aller-retour entre le foyer familial et le foyer autonome, la formation et l’emploi. Cette période s'est allongée et les inégalités se sont accrues. Notre politique doit viser à intégrer les jeunes, à les aider à construire leur autonomie. C'est là le dessein global qui doit faire évoluer la situation actuelle.

ToutEduc : Quel est le rôle de l'Etat ?

Valérie Fourneyron : Les jeunes se heurtent à une accumulation de dispositifs, sans fil conducteur, et qui ont été pensés pour eux, mais sans eux, au point qu'ils n'en perçoivent pas le sens. Un avis récent du CESE (Conseil économique, social et environnemental) montre d'ailleurs que de nombreux jeunes n'ont pas recours à leurs droits sociaux. Ce mille-feuille de dispositifs est une des causes de leur manque de confiance dans l'avenir, et dans les institutions, tandis que la population adulte a tendance à les caricaturer, à ne pas leur faire confiance. Pour rétablir, de part et d'autre, la confiance, il faut construire avec eux les politiques publiques. Dans cette perspective, je me réjouis du lancement du Forum français de la Jeunesse, le 20 juin dernier, une initiative qui a été lancée par 19 organisations de jeunes.

ToutEduc : Comment l'Etat, dont vous êtes la représentante, peut-il contribuer à rétablir cette confiance réciproque ? La question se pose, puisqu'on a eu parfois l'impression que la politique jeunesse se confondait avec la prévention de la délinquance...

Valérie Fourneyron : N'assimilons surtout pas jeunesse et délinquance ! Pas de stigmatisation ! Permettez-moi de rappeler que les jeunes sont les premières victimes de l’insécurité. De plus, le FIDP (Fonds interministériel de prévention de la délinquance, ndlr), créé en 2007, a surtout servi à financer l'achat de caméras. Je suis opposée à cette vision qui se résume à la vidéo-surveillance et à la culpabilisation des parents. Il faut avoir une vision élargie et des politiques globales, qui prennent en compte le scolaire, la santé, l'accès au logement. Les maires sont souvent au coeur de ces enjeux. Et l'Etat accompagne les réseaux associatifs. Je pense qu'on méconnaît souvent à Paris leur force. L'éducation populaire avait d'ailleurs disparu des intitulés ministériels.

Les associations, et notamment les ACM (accueils collectifs de mineurs), ont un rôle à jouer pour aider les jeunes à construire leur autonomie. A leur sujet, nous avons une mission régalienne de contrôle, de protection des mineurs, mais aussi de soutien à l'élaboration de leur projet éducatif. J'aurais voulu que nous accompagnent au centre de loisirs de Terrenoire tous ceux qui s'interrogent sur ce qu'est l'éducation populaire. Nous en avions une magnifique illustration, avec la richesse et l'intelligence des activités proposées aux enfants et aux jeunes. Souvenons-nous que 2,5 millions d'enfants seront reçus cet été dans des accueils collectifs de mineurs, avec ou sans hébergement, et qu'ils y font l'expérience du "vivre ensemble", du partage et de la prise de décision collective.

ToutEduc : Ces associations connaissent souvent des difficultés pour leur financement, les ressources de l'Etat et des collectivités sont limitées, le mécénat s'intéresse plus aux grands réseaux nationaux qu'aux actions locales...

Valérie Fourneyron : C'est vrai. Mais l'Etat accompagne ces associations. Je souhaite que nous sécurisions leur financement notamment par des conventions pluriannuelles d’objectifs. En période budgétaire contrainte, nous veillerons au meilleur usage possible des fonds disponibles. Je souhaite aussi valoriser le bénévolat, le reconnaître avec le "congé d'engagement". La forme reste à définir. J’ai saisi le Haut conseil à la vie associative et dialoguerai ensuite avec la CPCA [Conférence permanente des coordinations associatives, voir ici le site du ministère, ndlr] pour y parvenir. L'éducation populaire mobilise 6 millions de bénévoles et 680 000 salariés.

ToutEduc : Votre action dépend aussi des personnels du ministère. Les syndicats vous demandent à sortir du giron des ministères sociaux, où ils se plaignent d'avoir perdu leur spécificité...

Valérie Fourneyron : Revenir en arrière n'est jamais facile. Dans le cadre de la RGPP (révision générale des politiques publiques), les personnels ont été tellement fragilisés ! Ceux de Jeunesse et Sports et les personnels des services sanitaires et sociaux ont été regroupés avec un système de gestion unique et le ministère des affaires sociales pour support. Dans les services déconcentrés, ce sont parfois des inspecteurs jeunesse et sports qui ont pris la tête des directions départementales et régionales "Jeunesse, Sports et Cohésion sociale", parfois d'anciens directeurs de l'action sanitaire, avec la perte d'identité correspondante pour les conseillers de l'Education populaire. S'y est ajoutée la diminution des effectifs. Ce sont deux départs à la retraite sur trois, et non pas un sur deux qui n'ont pas été remplacés. Tout cela s'est fait dans plus que de la douleur. Mais des équilibres se recréent, et nous devons éviter de les remettre en cause brutalement. Il faut d'abord que nous ayons une bonne visibilité de nos moyens humains, et qu'on puisse identifier qui fait quoi dans les services déconcentrés. Nous pouvons aussi réfléchir à un CTM [comité technique ministériel] propre, mais son installation suppose de nouvelles élections, et ne se fera pas immédiatement.

ToutEduc : Nous parlions des accueils collectifs de mineurs, qui s'inquiètent de la pérennité du CEE (contrat d'engagement éducatif) pour les animateurs et les directeurs des "colonies de vacances". Le décret pris pour application de la loi Warsmann ne paraît pas très solide juridiquement. Pensez-vous qu'il faille une nouvelle loi ?

Valérie Fourneyron : Attendons la fin de l'été pour faire un bilan. Il y aura peut-être besoin de revoir le texte, mais nous savons tous que nous avons d'abord besoin de nous poser pour étudier correctement la question. Le sujet est complexe. D’un côté, il y a le risque d’une augmentation du coût des accueils pour les familles, et de l’autre la prise en compte nécessaire du temps de repos compensateur dont doivent bénéficier les animateurs. Ce qui doit nous guider, c'est la sécurité des mineurs et la qualité du projet éducatif.