Lundi 26 Aug 2013

V. Peillon annonce "des mesures à venir" pour mettre fin au "petit lycée" et rattraper 7 000 décrocheurs

Au collège, "il faut changer les pratiques pédagogiques en garantissant la même exigence. Des décisions seront prises dans l’année, comme pour ce qui concerne l’éducation prioritaire". Après avoir achevé la trêve estivale à l'université d'été de La Rochelle, où il a reçu "une ovation debout des militants PS" selon L'Est Républicain,  V. Peillon a accordé son premier entretien de rentrée aux journalistes Muriel Florin (Le Progrès) et Philippe Rivet. Il a annoncé les chantiers à venir en 2013, dont une "rénovation" du collège unique. "Il faut conserver le collège unique, mais en le rénovant. Dans le collège d’aujourd’hui, conçu comme le 'petit lycée', les enseignements ne sont plus adaptés à tous les élèves, et suscitent chez certains l’hostilité, l’ennui", a-t-il regretté.

7 000 décrocheurs à "rattraper" en 3 mois

Parmi les futurs dossiers prioritaires figurent également le décrochage et la réforme des programmes scolaires. V. Peillon s'est engagé à "rattraper" 7 000 élèves décrocheurs "d'ici décembre", après avoir déjà permis à "13 000 jeunes [sortis du système scolaire] de bénéficier à nouveau d'une formation" depuis le début du quinquennat de F. Hollande. Quant aux "premiers nouveaux programmes", qui pourraient entrer en vigueur "à la rentrée 2015", ils contiendront notamment "une langue étrangère dès le CP, un parcours d’orientation, d’information et de découverte des métiers", ainsi qu'un "enseignement moral et civique".

La laïcité est déjà au coeur de la rentrée 2013: V. Peillon a annoncé qu'une charte rappelant ses principes serait affichée dans tous les établissements dès la fin septembre. "Chacun est libre de ses opinions. Mais pas de contester un enseignement ou de manquer un cours", a-t-il notamment prévenu.

Cette annonce, largement médiatisée, n'a rien d'étonnant : la charte, en préparation depuis décembre dernier, a été présentée au Conseil supérieur de l'Education du 10 juillet dernier. V. Peillon avait alors émis l'idée de la diffuser "à la rentrée". Les syndicats avaient diversement réagi. Le SE-UNSA avait trouvé ce rappel "utile et bienvenu", tandis que le SNUIPP s'était interrogé sur son application dans les "départements sous concordat [Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle, NDLR]" et plaidé pour "leur réintégration dans le droit commun". Pour le SGEN-CFDT, la Charte "correspond[ait] bien à la nécessité de regrouper dans un seul document l'ensemble des concepts devant être abordés par les élèves. Mais ceux-ci sont encore très, trop complexes pour en permettre une appropriation aisée". FO se disait "un peu perplexe sur la valeur juridique de cette charte" et craignait que "sous prétexte d’expliciter la laïcité, elle mette en circulation des conceptions réductrices des responsabilités de chacun et en particulier, de celles de l’Etat".

Le chantier de l'école primaire

Dans son premier entretien de rentrée, le ministre de l'éducation est également revenu sur la création de "6 700 postes" qui "engage[nt] vraiment le chemin du redressement". V. Peillon s'est également félicité d'avoir mis l'accent sur l'école primaire. Selon le ministre, "la France est le pays de l’OCDE qui accorde le moins de moyens à l’école primaire", alors que "25 % des élèves entrent au collège sans maîtriser les apprentissages fondamentaux". Cette rentrée, "les créations de postes doivent permettre de réduire le nombre d’élèves par classe et de mieux assurer les remplacements".

Selon l'édition 2013 de la revue de l'OCDE Regards sur l'Education, la France dépensait en 2010, 6 622 $ par élève de primaire, soit 1 352$ de moins que la moyenne de l'OCDE (7 974$). Elle devançait cependant la Turquie (1 860$), le Mexique (3 221$), le Chili (3 301$), la République Tchèque (4 120$), la Hongrie (4 684$), l'Estonie (5 140$), la République Slovaque (5 732$), Israël (5 758$), le Portugal (5 922$), la Pologne (5 937$), mais aussi la Corée du Sud (6 601$).

Vincent Peillon a finalement rappelé que la rentrée 2013 permettrait de mettre en place "des dispositifs nouveaux et des moyens inédits en faveur de l’accueil des petits en maternelle et pour l’école élémentaire, où nous permettons la présence de deux professeurs dans une classe".

Le dispositif, intitulé " plus de maîtres que de classes " consiste à fournir aux écoles rurales ou relevant de l'éducation prioritaire, un enseignant supplémentaire non affecté à une classe. Alors que la DGESCO a publié en juin dernier un guide (PDF)sur les principes de mise en oeuvre de ce dispositif, les estimations du nombre de postes créés à la rentrée 2013 diffèrent. En avril dernier, le SNUIPP dénombrait 759 postes, quand l'UNSA, elle, en comptabilisait 974. Ce syndicat s'étonnait que "très peu de postes" soient consacrés aux zones à dominante rurale, et estimait qu' "il sera nécessaire d’accélérer le tempo si le gouvernement souhait[ait] atteindre son objectif de 7 000 postes en 2017".