La belle expérience de l’Aria dans le Giussani

Un projet d'éducation populaire a vu le jour en Haute-Corse, donnant le jour à tout un ensemble d'actions culturelles et de développement local. Récit.

 

Le 7 août 2010 était inauguré "l’outil théâtral" à Stazzona (la Forge), bâtiment sobre mais hautement écologique, en plein milieu d’une nature magnifique quoiqu’un peu austère... et loin des plages de la Riviera insulaire. Loin aussi de tous les clichés habituellement déversés sur l’Ile de Beauté tant stigmatisée pour ses archaïsmes, son clanisme, son terrorisme... Le chemin parcouru en douze ans par l’équipe réunie autour de Robin Renucci et par les acteurs locaux et les élus engagés dans cette aventure est impressionnant. À partir d’un projet d’Éducation populaire, tout un ensemble cohérent d’actions culturelles et de développement local s’est déployé.

Genèse du projet et son ancrage dans l’histoire de l’éducation populaire : les stages de réalisation

Au départ, en 1998, il y a une démarche qui appartient à l’histoire de l’Éducation populaire : le stage de réalisation. Ce dispositif de formation qui s’est beaucoup développé dans l’immédiate après-guerre, a quasiment disparu et c’est bien dommage. Il s’agit de créer une situation d’apprentissage et de réalisation d’une création, d’une œuvre artistique qui est ensuite restituée à un public. Encadrés par des praticiens professionnels ou par des "amateurs" très avertis, les stagiaires – débutants, jeunes professionnels, pratiquants dans des clubs, enseignants ou éducateurs en quête de perfectionnement – réalisent un projet. En l’occurrence, à Olmi Cappella, il s’agit de monter une pièce de théâtre (chaque stagiaire participe à deux projets). Le stage dure cinq semaines : une première semaine d’ateliers et de découverte des propositions permet à chacun de choisir les projets dans lesquels il va s’engager, trois semaines sont consacrées à la réalisation et une semaine à la restitution devant un public d’adhérents dans le cadre d’une programmation qui comprend aussi des lectures, des rencontres, des conférences... Chaque jour, le public est invité à échanger avec les équipes sur les spectacles vus la veille (La chjachjarata, forme locale de l’arbre à palabres) et/ou à participer à un atelier "lire ensemble". En plus des comédiens, il y a aussi les techniciens nécessaires à la réalisation des projets : costumiers, régisseurs... Là encore, les équipes sont composées de professionnels et de personnes en formation.

Dans une démarche de développement local

Depuis 1998, 1567 stagiaires ont participé à ces stages. Dans cette véritable aventure, le mot "amateur" retrouve toute sa noblesse : "Nous détestons l’amateurisme. Nous travaillons avec exigence avec des professionnels et des amateurs", déclare Robin Renucci. La formation et la coopération au quotidien entre tous les participants tirent tout le monde vers la qualité et un accès de tous à l’acte de création, à une véritable pratique. Au fil des ans, l’activité de l’Aria s’est développée et se déploie tout au long de l’année. Il s’est d’abord agi de rénover le bâtiment Battaglini, imposante construction qui date de 1902, réalisée grâce aux dons d’un enfant du pays qui avait dit-on fait fortune en Egypte. C’est devenu un lieu d’hébergement qui peut accueillir soixante-dix personnes et qui permet d’accueillir des participants en toutes saisons. C’est qu’au-delà de l’événement phare que constituent les rencontres de théâtre, sont mis en place des formations de formateurs, des partenariats débouchant sur des créations collectives avec des établissements scolaires dans le cadre de l’éducation artistique, des accueils de classes transplantées, des ateliers d’écriture, des créations avec des troupes insulaires et l’organisation de tournées en Corse... L’Aria a aussi été co-productrice d’un film Sempre vivu, tourné dans le Giussani. Ce projet culturel s’inscrit donc résolument dans une démarche de développement local et multiplie liens avec un territoire et ses acteurs. Les collectivités locales se sont engagées : les quatre communes de la micro-région qui ont créé un syndicat mixte, le département de la Haute-Corse et la collectivité territoriale.

Un public partenaire

La grande diversité des publics en formation permet aussi de poursuivre des objectifs de démultiplication : ce qui s’apprend là, sera réinvesti dans la pratique quotidienne par l’enseignant, l’animateur d’un groupe de théâtre amateur, l’artiste en formation... Le cœur du projet de l’association : la création, la transmission, la formation et l’Éducation populaire. Les relations avec des comités d’entreprise (la CCAS en particulier), la présence de personnes venant d’horizons très divers, tout concourt à faire de ces rencontres une pépinière de projets, un lieu de rencontre entre les générations. La dimension internationale (la présence de stagiaires venant de tous les pays) est très réduite ces dernières années, pour des raisons de financement, ce que l’équipe de l’Aria regrette beaucoup. Je me suis souvent demandé comment il se faisait que c’est à Olmi Capella que j’éprouve les plus fortes émotions de spectacle vivant de l’année. Cela tient à la "qualité" et surtout à la place du public. Venir dans cette microrégion reculée au mois d’août suppose un engagement et une curiosité singulière, différents de ceux qui vous conduisent au théâtre d’habitude. La situation créée par les rencontres, les invitations à participer et à "agir" à certains moments, permettent un rapport plus riche avec les œuvres, créent un cadre non "spectaculaire" qui avec l’environnement, font que le public n’est pas un consommateur mais un partenaire immergé dans un milieu particulier propice à la réflexion, à l’échange. Les conditions de "production" aussi sont différentes. Tous les "acteurs" ont un rapport fort à l’acte de création, vivent d’intenses moments d’apprentissage, d’échanges, de transmissions, de partage de valeurs... L’outil théâtral devrait permettre à l’association de démultiplier ses propositions de formation, de création et de développer ses partenariats. Il serait rassurant que d’autres projets de ce type naissent ou renaissent, de penser que l’aventure de l’Aria n’est pas le dernier témoin d’une époque révolue, mais bien plutôt la première pierre de nouvelles constructions. Il dépend un peu de nous qu’il en soit ainsi. 

André Falcucci

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