Familles en colo

Intergénérationnel, brassage social, mixité, décloisonnement... Voilà des termes que nous voyons régulièrement apparaître dans nos projets éducatifs et pédagogiques. L’évolution de notre société nous a conduits à nous cloisonner par groupes d’âge, nous privant ainsi de la richesse des rencontres intergénérationnelles qui contribuent à l’éducation de chacun. Un ancien ou une ancienne qui contera auprès des petits ou partagera des savoir-faire culinaires avec des plus grands.

 

Vivre des vacances vraiment ensemble ! Faire une colo avec des familles. C’est ce que nous avons expérimenté au mois d’août 2010, dans un centre de vacances de la ville de Saint-Denis, en Dordogne, à Daglan, en compagnie d’un groupe constitué de trente personnes, sans contrainte d’âge, durant huit jours.

Instaurer des relations fiables

Le groupe était constitué de deux grands-parents, huit mamans, un oncle, six adolescents, onze enfants et quatre bébés. L’équipe d’animation comprenait quatre personnes : un directeur et deux animatrices dont les compétences, l’expérience et la maturité tant auprès d’un public d’enfants que d’un public d’adultes, ont permis l’instauration de relations fiables. L’une d’elles a assumé les fonctions d’"assistante sanitaire" tandis que l’autre a utilisé ses compétences dans l’échange de savoir-faire. Enfin, était présent un animateur, exerçant à l’année dans un accueil de loisirs de la ville. Notre volonté, exprimée dans notre projet, organisé en partenariat avec une démarche sur un quartier, n’était pas de mettre à disposition des familles un potentiel "touristique", culturel, ou de loisirs dans un contexte d’hébergement et d’accueil confortable, ou de faire la meilleure offre de séjour "à la carte". Nous voulions générer du "vivre ensemble" et de la solidarité intergénérationnelle dans chacun des moments de vie du séjour.

Avec et non à côté de l'autre

Parfois surpris par cette démarche en décalage avec l’image des vacances familiales standardisées diffusée par les catalogues ou les spots publicitaires, les participants, chacun à leur rythme, ont saisi l’opportunité et le plaisir de vivre leurs vacances avec l’autre et non à côté de l’autre. Ainsi, nos petits-déjeuners durant lesquels une maman entrant dans la salle à manger, son bébé dans les bras, se voit délestée du bambin et du biberon par un ado ou un animateur, l’invitant à profiter d’un repas à sa guise, avec ou sans compagnie, à l’intérieur du bâtiment ou au contraire au soleil. Mais aussi des matinées durant lesquelles quelques enfants chevauchent des VTT pendant que leurs mamans s’aventurent dans une balade à pied en forêt ; des repas durant lesquels un bébé et un jeune enfant lézardent à proximité des tables, sur un tapis de jeux encombré de quelques jouets, sous l’œil vigilant d’un animateur, pendant que les mamans sont en grande conversation autour du repas.

Partager la douceur du quotidien

Des après-midi pendant lesquels quelques adultes, ados ou enfants, partent en vadrouille à la découverte d’un château ou d’une grotte, pendant qu’un adulte partage son savoir-faire en art pictural avec d’autres adultes et enfants. Des fins d’après-midi pendant lesquelles nos deux grands-parents, poussette "garnie" en main et accompagnés d’un petit dont la marche en est à ses premiers balbutiements, s’en vont faire "un petit tour", pendant que les mamans s’occupent d’elles, jouent avec les plus grands ou font un petit somme. Des veillées durant lesquelles petits et grands partagent des jeux de société (les mauvais perdants ne sont pas toujours ceux que l’on croit), pendant que grand-père évoquera son histoire avec le directeur, assis sur un banc face au coucher de soleil et qu’un adulte tendra l’oreille près des chambres des bébés. Sans compter, petits et grands mélangés, une journée en canoë sur la Dordogne, une randonnée avec des ânes, ou une après-midi "pâtisserie", pendant que d’autres s’occupent des bébés.

Une réunion quotidienne rassemblant tout le monde rythmait cette douce vie quotidienne ; le rythme des tout-petits en a quelques fois privé certains. Nous sollicitions les ressentis de chacun dans le groupe, les soucis matériels et les envies. Instance de régulation, de médiation et de construction du séjour, petits et grands y avaient leur place à paroles égales. Chaque famille est venue avec ses pratiques éducatives, ses valeurs et ses cadres de référence. Religions ou origines culturelles différentes ont enrichi la découverte de l’autre et la reconnaissance de la différence, notamment en ce qui concerne l’éducation des enfants. Ces différences sont aussi source de différends, qui, s’ils ne sont pas dits, mènent au conflit. L’art des animateurs de mettre en paroles, opère doucement "sa magie", pour que le vivre ensemble l’emporte sur des différences qui, somme toute, ne sont pas une entrave.

Une démarche interventionniste

La question pour nous sur le degré de notre niveau d’intervention au regard de l’éducation des enfants était sensible. En effet, en présence des parents, quelles interventions pouvions-nous et devions-nous nous autoriser ? Certainement grâce au cadre posé et renégocié, au mode coopératif mis en œuvre et aux compétences relationnelles des animateurs, les choses se sont vécues "naturellement". En référence aux besoins de l’enfant, nous avons pris le parti d’une démarche interventionniste. À un enfant : "Il est tard maintenant, il faudrait aller te coucher" ; regard de l’enfant vers la maman, sollicitant une censure de l’injonction, désappointement de la maman. Insistance de l’animateur qui expliquera l’importance du sommeil et la légitimité de la maman à vivre des moments sans lui. Doute de l’enfant. Accord fragile de la maman. Enfin, l’animateur accompagnera l’enfant dans sa chambre.

Ou alors : "Je te propose de mettre de côté ce paquet de chips et cette canette, tu les ressortiras au goûter." Même appel au secours de l’enfant auprès de sa maman. Même hésitation de celle-ci. Puis acceptation de jouer le jeu. Et aussi : "Je crois que la visite que fera ta maman cet après-midi n’est pas très intéressante pour toi." Même processus d’interpellation de la maman. Nous aiderons à la séparation et chacun profitera, de son côté, de son après-midi.

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