École primaire : vérités et faux-semblants

Dans le débat sur les rythmes scolaires, certains arguments manquent de consistance et d’autres sont oubliés, au détriment d’une réussite pour tous... Le point avec Bruno Suchaut, qui s’est notamment fait connaître pour ses recherches sur les inégalités liées aux activités scolaires sur le temps de congé des élèves.

 

Entretien avec Bruno Suchaut, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne. Depuis 2007, il  est également directeur de l’Institut de recherche sur l’éducation (IREDU-CNRS).

Les comparaisons avec d’autres pays européens sont souvent mises en avant pour défendre une approche du temps scolaire plus respectueuse des rythmes biologiques. Les différences sont-elles significatives ? Portent-elles davantage sur le bien-être des enfants, ou sur leurs performances ?

Il est clair qu’en France, le temps scolaire n’est pas adapté aux rythmes biologiques des élèves, et cela est d’autant plus regrettable que les enfants sont jeunes. Il n’y a toutefois pas de données comparatives à l’échelle européenne ou mondiale qui montrent clairement un lien entre l’organisation du temps et les performances des élèves. Tout au plus peut-on dire que les pays qui allouent le plus d’heures d’enseignement au fonctionnement de leur système éducatif ne sont pas ceux qui ont les meilleurs résultats.

Les journées plus courtes, telles qu’on les pratique en Allemagne, sont associées à un modèle social qui tend à éloigner certains parents (en particulier les mères) du marché du travail. A-t-on des exemples qui concilient journées écourtées et socialisation du temps libéré ? Sont-ils transposables ou pourrait-on s’en inspirer ?

Une organisation du temps qui tiendrait compte des résultats des recherches dans ce domaine limiterait le temps d’enseignement à une vingtaine d’heures à l’école primaire avec des journées moins longues. Cela aurait pour conséquence d’organiser la semaine sur quatre jours et demi ou cinq jours et de réduire la durée des congés d’été d’une ou deux semaines. Les séquences d’apprentissage devraient être placées à des moments où les élèves sont les plus réceptifs. Il faudrait donc prévoir une mise en route progressive des activités en début de matinée et les débuts d’après-midi devraient être consacrés à des activités non scolaires. Cette organisation implique bien évidemment une coordination étroite entre les acteurs éducatifs au niveau local afin d’articuler certains enfants ne soient pas encadrés l’après-midi ou pour ne pas contraindre les mères de famille à s’éloigner du marché du travail.

Vous avez évoqué les effets pervers de l’aide personnalisée. Pourriez-vous préciser ?

Les études réalisées sur les effets de l’organisation du temps scolaire montrent que le modèle français de l’école primaire est loin d’être adapté aux rythmes biologiques des enfants : des congés mal répartis au cours de l’année scolaire, des journées beaucoup trop longues, des séquences d’apprentissage pas toujours bien placées dans la journée. Ce que l’on sait moins, c’est que la mise en place de l’aide personnalisée amplifie encore ce phénomène en augmentant la durée des journées de classe. Et sa programmation à des horaires inadaptés aux rythmes des élèves nuit probablement à son efficacité déjà incertaine. Le temps scolaire ne doit pas être perçu uniquement dans sa dimension quantitative, mais surtout dans sa dimension qualitative. Ce n’est donc pas en ajoutant des heures de cours que l’on parviendra à réduire la difficulté scolaire.

Le temps de travail des élèves français se réduit régulièrement pour s’approcher, semble-t-il, des moyennes européennes. Cette réduction s’inscrit-elle dans une prise de conscience et une ambition nouvelle de mieux organiser les temps, ou traduit-elle de simples considérations budgétaires ?

Depuis cent ans, la durée de l’année scolaire a été divisée par 1,5 passant de 1 338 heures au début du XXe siècle à un nombre théorique de 864 heures aujourd’hui (840 heures si l’on tient compte des jours fériés). Cette diminution du nombre annuel d’heures d’enseignement correspond à une diminution du nombre de jours d’école (par l’augmentation des jours de congé) et à la baisse du nombre d’heures dans la semaine : passage à 27 heures en 1969, puis à 26 heures en 1989. Depuis 2009, la durée hebdomadaire d’enseignement s’est encore réduite à 24 heures pour les élèves qui n’éprouvent pas de difficulté. Cette diminution régulière du temps scolaire n’a jamais été le fait de considérations pédagogiques au niveau des élèves. L’organisation du temps scolaire est une question importante qui peut permettre de répondre à différents problèmes actuels de notre système éducatif dont la "non-réussite" de tous les élèves. Plusieurs solutions sont possibles pour mieux individualiser l’enseignement, et le temps est un levier possible. Mais la politique éducative nous a aussi appris à être patients pour que des réformes soient amorcées…

Autres ressources

Cahiers pédagogiques n° 496 Décrocheurs, décrochés
Les Cahiers d'Education & Devenir n° 26 L'autorité à l'école
Les Idées en mouvement n° 198 IEM avril
Enjeu n° 434 En Jeu mars 2010
n° Interventions du GFEN
n° Interventions du GFEN
n° Graffite (arts plastiques- GFEN)
Cahiers pédagogiques n° 494 L'erreur pour apprendre
Animation & Éducation n° 228 Enfant lecteur, auteur, critique - Les chemins de l'écriture littéraire
Le Nouvel éducateur n° 208 Participer, coopérer, connaître
Le Nouvel éducateur n° 208 Participer, coopérer, connaître
Le Nouvel éducateur n° 204 Apprendre ? C'est vivre !
Vers l'éducation nouvelle n° 544 Le volontariat un enjeu de sociéte
Dialogue n° 198 Education et politique
Cahiers pédagogiques n° 496 Décrocheurs, décrochés
Cahiers pédagogiques n° 494 L'erreur pour apprendre
Cahiers pédagogiques n° 496 Décrocheurs, décrochés