Dimanche 17 Nov 2013

Rythmes scolaires : "un certain bordel qui s'est organisé à certains endroits" (V. Peillon)

Vincent Peillon écoutera "tous ceux qui lui feront des propositions qui iront dans le sens de l'intérêt des élèves", et qui permettront d'améliorer la réforme des rythmes scolaires, laquelle n'est pas d'emblée parfaite, mais il le dit sans ambages à ceux qui lui donnent de bons conseils, "réfléchissez avant de parler, ça vous changera". Intervenant ce 14 novembre en clôture de la journée organisée par la Gazette des communes et le groupe "Territorial" sur les rythmes scolaires, le ministre de l'Education nationale s'est montré mordant, alternant ironie et gravité.

Il défend cette réforme qui est "un projet d'école" et donc "un beau projet de société", alors que trop de jeunes sortent sans diplôme du système scolaire, que leur colère alimente le vote extrémiste, que s'accroissent les inégalités, que "la compétitivité est en berne", que l'on entend des insultes racistes. La refondation de l'école doit permettre de "refonder la République elle-même". C'est une "réforme complète" qui porte aussi sur les programmes et sur la formation des enseignants. Quant au temps annuel, "nous allons y venir dans un second temps", en 2015 indique-t-il.

Mais à ceux qui lui reprochent de ne pas avoir commencé par le calendrier des vacances, il rappelle qu'allonger l'année scolaire voudrait dire 10 jours d'accueil, de transports scolaires et d'activités périscolaires en plus, avec les budgets correspondant. A ceux qui reprochent à la réforme d'accroître les inégalités, il fait remarquer qu'elles sont actuellement de 1 à 10 selon les communes, que seuls 20 % des enfants bénéficient d'activités périscolaires, contre 80 % après la réforme, et que pour la première fois, l'Etat va participer à leur financement, et donc contribuer à les rendre accessibles à tous.

"Une solution formidable qui mettrait tout le monde d'accord"

Vincent Peillon s'en prend clairement au maire de Marseille, dont le budget scolaire diminue depuis trois ans. "Jean-Claude Gaudin a sacrifié l'école", il n'a pas ouvert les classes pour lesquelles des postes étaient créés, et "certains quartiers sont mieux dotés que d'autres". Quant au maire de Nice, il peut bien "s'enchaîner aux grilles" des écoles pour empêcher leur ouverture le mercredi matin, "nous enverrons les forces de l'ordre". Il doit appliquer la loi, qui prévoit qu'il y ait 5 matinées de classe. Libre à Christian Estrosi, en revanche, "de créer des orphelins de 15h45" en n'organisant pas d'activités périscolaires, il faudra qu'il assume cette décision devant ses électeurs. D'ailleurs, le ministre invite les maires qui ont annoncé qu'ils n'appliqueraient pas la loi à "s'inscrire au CP" dès que l'enseignement de la morale laïque sera mis en place ! Il leur rappelle que c'est l'Etat qui fixe le temps de l'école et il dénonce "un certain bordel qu'il s'est organisé dans certains endroits". Des élus et des enseignants n'ont-ils pas trouvé "une solution formidable" qui mettrait tout le monde d'accord, regrouper les heures d'activités périscolaires sur une seule demi-journée, le vendredi après-midi par exemple !

Il remarque aussi que personne ne s'inquiétait jusqu'à présent des qualifications des animateurs qui assurent l'accueil des enfants "de 7 h le matin à 19 h le soir", ni des locaux, mais il évoque la nécessité de construire une filière de l'animation. Evoquant les propos de François Bayrou le matin même sur France-Inter, il parle d'une "sottise". L'ancien ministre a estimé qu'il fallait que les élèves apprennent à lire, écrire, compter, avant de faire "des scoubidous". Mais plus globalement, il trouve "très ennuyeux" que certains parents ne comprennent pas qu'il vaut mieux faire une leçon de mathématiques le matin à 9h qu'à 16 h le soir, et qu'il faut mieux répartir le temps des apprentissages. "Le message n'est pas passé, nous devons convaincre."

Car pour le ministre, au coeur de cette réforme qui vaut projet de société, il s'agit "d'apprendre à se parler entre adultes", élus, enseignants, animateurs, personnels municipaux, pour l'apprendre aux enfants.