Un centre d’accueil vu par un directeur

Christophe Descamps, directeur d'un centre d'accueil à Saint-Aubin-lès-Elbeuf et militant Ceméa, nous livre un témoignage sur ses responsabilités de coordination d'activités périscolaires.

 

En poste depuis 2005 à Saint-Aubin-lès-Elbeuf, animateur territorial, j'ai plusieurs responsabilités :

  • La coordination d'activités périscolaires :

Activité de découverte et d'initiation pour les enfants d'âge élémentaire (éveil musical, théâtre, percussions, danse, arts plastiques, judo, voile) qui se déroule le soir ou le mercredi. Mise en place en partenariat avec association ou club locaux.

  • La coordination et la direction de l'accueil de loisirs :

Gestion des locaux, du personnel (recrutement), direction, logistique, achat et commande, administratif, suivi comptable des dépenses, facturation et régie recettes...

  • Des missions ponctuelles autres et avec des collègues du service ou d'autres services de la ville :

Organisation d'une randonnée de nuit, aide pour une journée famille avec le CCAS, participation à des animations organisées par la ville, rencontres et réunions avec des partenaires locaux.

J'ai accédé à ces responsabilités après un cheminement "classique", animateur Bafa, puis directeur volontaire avec l’obtention du Bafd, cumul de postes d'animateur périscolaire, puis des postes d’animateur professionnel, et une formation Defa.

Le centre que je dirige représente :

  • 12000 journées enfant sur l'année
  • 115 jours d'ouverture : 35 mercredis, 36 petites vacances (toutes), 42 jours l'été de 7h 30 à 18 heures
  • Un accueil en journée complète avec ou sans repas, en demi-journée avec ou sans repas
  • La possibilité d'arriver entre 7h 30 et 9 heures mais aussi plus tard (11 heures) si les parents ont appelé pour réserver le repas

Les enfants sont âgés de 3 à 14 ans et sont issus de toute la ville. Toutes les catégories sociales et professionnelles sont représentées.

Une logique de vacances

Le centre est avant tout une structure de détente dans laquelle les enfants peuvent retrouver leurs copains et s'amuser. Il y jouissent d’une certaine liberté qu'ils ne trouvent pas à l'école. Le rôle de la structure est aussi de permettre aux enfants de faire une expérience du "vivre ensemble" dans un espace où ils peuvent participer, donner leur avis, avoir la parole. Mais ils n'en ont pas conscience : ils ne voient pas toujours la différence avec l'école ; ils transposent la relation adulte-enfant, le rapport aux règles, vécus à l'école. Ils n'osent pas toujours s'exprimer, dire leur désaccord, proposer des choses. S'ils sont en conflit avec un adulte, ils vont le vivre comme à l'école, avec le sentiment de ne pas pouvoir s'exprimer. En fait, ils le pourraient ; des espaces le permettent et le projet va dans ce sens. L'ALSH permet la rencontre des enfants des différentes écoles de la ville. Des copains, des cousins, demandent à partir ensemble sur des minicamps.

Les parents ont plutôt une bonne image de la structure. Ils ont compris que ce n'était pas un endroit dans lequel les enfants "bouffaient" de l'activité, mais qu'ils pouvaient s'amuser, être en vacances. Je crois que ça leur permet d'avoir une autre image du centre de loisirs que celle du planning figé, du catalogue d'activités. C'est souvent la première demande : que vont-ils faire, quelles sont les sorties, quelles sont les activités prévues, quels jours ? Quand on explique le fonctionnement, c'est souvent très bien accueilli, ce fonctionnement sans planning et centré sur la notion de vacances. Finalement cela leur paraît logique. Le centre est aussi pour eux un mode de garde. Les politiques perçoivent l'ALSH comme un lieu d'accueil des enfants, un mode de garde. Ils sont contents parce que le taux de fréquentation est bon et qu'il a augmenté. Je ne crois pas que les politiques voient au-delà de l'aspect service public et satisfaction des enfants et des familles. Ils ont investi dans un outil et ils veulent qu’il soit rentabilisé. Quand je leur parle du projet, ils sont d'accord.

La place et le rôle des parents

J'essaie de faire en sorte que les parents aient leur place, qu'ils aient la possibilité de voir ce qui se passe sans qu'ils interfèrent sur le fonctionnement et les vacances de leur enfant. Je veux qu'ils puissent entrer dans le centre, mais aussi que l'enfant ne soit pas "bridé" ou que le parent décide de ses activités à sa place. Je peux proposer à des parents qui ont du temps de venir participer à une activité (au jardin) mais de temps en temps seulement. Il y a un coin café ouvert tous les matins. C'est un espace de sociabilité. Les parents y rencontrent les animateurs, d'autres parents. Avec certaines familles "habituées", il y a une relation qui se construit dans le temps. Celle-ci est variable selon les parents. Certains demandent des conseils sur le plan éducatif. D'autres passent me voir et viennent discuter. Le centre est pour eux un lieu de vie, de rencontre. Actuellement, il n'y a pas de projet en tant que tel avec les parents. Mais ceux-ci sont invités régulièrement à partager un repas préparé par les enfants, à venir voir un spectacle...

Le volontariat ?

Je suis le seul professionnel et la structure ne fonctionne qu'avec des vacataires. Sur les petites et grandes vacances il y a des animateurs volontaires ; pour les mercredis, beaucoup de vacataires sont en fait des "précaires" qui travaillent toute l'année au centre et à l'aide aux devoirs, le temps du déjeuner, pour obtenir un salaire correct. La plupart n'ont que le Bafa mais ils ne se définissent pas comme des volontaires, ils ont des revendications de professionnels autour du salaire, des horaires, des conditions de travail. Je les renvoie au cadre du volontariat et du Bafa. Souvent, au bout de quelques années, il se qualifient et quittent le centre. Dans le fonctionnement et le travail du projet, je ne fais pas de différences entre les personnes. Ils font le même travail. Ils sont associés au projet, le construisent. Tous les ans, toutes les personnes qui vont diriger se réunissent et travaillent un document qui sera un projet de fonctionnement pour l'année. Celui-ci n'est pas totalement finalisé. Certains points seront travaillés sur chaque session avec les animateurs. En plus, s'ajoute pour chaque session un projet pédagogique qui décline des axes que l'on choisit de travailler précisément – l'apprentissage des actes de la vie quotidienne pour les maternelles pour juillet. Les équipes de direction tout comme celles de l’animation sont mixtes entre vacataires et volontaires. Je fais en sorte d'articuler ces différents niveaux de projet et de faire travailler les gens ensemble quel que soit leur statut, leur fonction, leur expérience, leur "ancienneté".

L'idéal est de trouver une harmonie entre celles et ceux qui connaissent bien le centre et qui en ont une expertise et les "nouveaux" qui apportent dynamisme et nouveauté. Ils redonnent un peu d'élan au projet qui peut sinon se figer autour d'habitudes. Le statut n'a pas grand-chose à voir là-dedans. Les avis des uns et des autres sont pris en compte. Concernant le public accueilli, sur cette structure, mais également en référence à mes quinze années de pratique, je ne vois pas de différence. Le contexte a changé, mais les besoins, les envies et les demandes des enfants ne me semblent pas avoir bougé. Pourrait-on définir un accueil d'enfants et de jeunes idéal ?

En terme de structure j'oserai presque dire : mon centre. Il y a de l'espace, de grands espaces extérieurs, du matériel, une liberté d'action ! Je ne trouve pas la réglementation insupportable, à part cette obligation d'anticiper pour des départs. En revanche, je pense que si j'avais plus de budget ça serait intéressant pour permettre aux enfants de partir plus longtemps et plus loin. Il y a déjà beaucoup de départs chaque été du centre (29 camping cet été de une à quatre nuits) sur toute la région avec bord de mer, campagne, ferme, forêt. Dans l'année, il y a souvent des départs à la journée, en train le plus souvent, ou en bus, vers la mer, des villes, des musées. Je ne dispose pas de minibus en permanence et cela restreint parfois les sorties possibles, c'est dommage. L'idéal serait de pouvoir partir au gré des envies des enfants. Parfois ce sont les adultes qui freinent les envies, les projets des enfants et le projet de structure. L'idéal serait donc qu'il y ait plus de personnes qui passent le Bafa, pour avoir des personnes plus motivées par des valeurs. Quant à moi, si j'avais un adjoint permanent, je pourrai consacrer plus de temps à mon intervention pédagogique et moins aux aspects logistiques et administratifs.

Quelle évolution pour l’avenir ?

Une professionnalisation plus importante ? Je ne sais pas. Le contexte est trop changeant, je ne sais pas. Il y a un décalage entre les besoins en animateurs professionnels et les moyens des collectivités qui en plus ne savent pas où elles vont aller. Il y a aussi l'incertitude quant au rythme scolaire. C'est difficile dans ces conditions de se positionner et d'embaucher.

Christophe Descamps - directeur de l’ACM de Saint-Aubin-lès-Elbeufs militant Ceméa

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