Mercredi 18 Sep 2013

Réforme des rythmes : un panorama des difficultés rencontrées

Depuis deux semaines, 4000 communes, soit 22% des villes, expérimentent la réforme des rythmes scolaires. Malgré les aides financières prévues par le fonds d'amorçage, les efforts de communication du ministère et la publication d'un "guide pratique pour des activités périscolaires de qualité" (ici (PDF), la plupart des écoles concernées sont encore "en rôdage". En témoignent plusieurs articles parus dans la presse cette semaine qui, sans prétendre tirer le bilan d'une réforme à peine esquissée, font état des difficultés ressenties sur le terrain.

"Vues du terrain, les premières sessions de 'temps d’activité périscolaire' (TAP) ratent les ambitions de la réforme". Les premières lignes de l'article que La Gazette des communes consacre aux rythmes scolaires donne le ton. Arrive en tête des problèmes la gestion des emplois du temps, qui se double d'une "surenchère d'activités" épuisante pour les personnels, les enfants et leurs parents. "Les problèmes d’inscription des enfants aux ateliers, la gestion du flux des parents venant chercher leur progéniture exige parfois d’être revue", note La Gazette.

Grandes diffcultés pour les petites communes

Lorsqu'ils sont interrogés par les médias, les parents d'élèves soulignent en effet le problème d'horaires "à géométrie variable" et l'inefficacité du service de transport scolaire, qui joue un rôle particulièrement important dans les communes rurales. Certains collectifs de parents ont voulu exprimer officiellement leur mécontentement. A Bandol (Var), Var-Matin se fait l'écho d'une pétition contre les aménagements mis en place par la mairie, pour qui la réforme permet pourtant "une meilleure surveillance des élèves et des horaires en adéquation avec leur rythme biologique". A Ris-Orangis, dans l'Essonne, les délégués des parents d'élèves du groupe Ordener ont demandé au maire "la cessation de la mise en place de la réforme des rythmes scolaires", rapporte Libération. Le quotidien évoque également la commune rurale de Saint-Pol-sur Ternoise (Pas-de-Calais), où le président local de la FCPE, Thomas Château, a organisé une réunion avec l'ensemble des parents de la commune et prévoit de "bloquer la circulation un soir après la sortie de l’école" si leurs demandes ne sont pas entendues par la mairie.

Si ces collectifs se montrent vindicatifs, c'est parce qu'aux inquiétudes sur les horaires s'ajoute un scepticisme sur l'efficacité de l'organisation retenue. A Saint-Pol-sur Ternoise, les ateliers se déroulent tous les jours de 16 heures à 17 heures, ce qui "empêche de construire un projet avec les enfants", regrette une déléguée de la FCPE. Dans les petites communes où les TAP sont prévues en fin de journée, "le choix de l’horaire et l’absence de récréation a, semble-t-il, vidé ces TAP de leur sens", rapporte La Gazette des communes.

"En une heure, installation et rangement de l'activité inclus, difficile d'élaborer un projet construit", acquièsce un reportage du Point sur l'organisation "peu banale" de la commune de Bouffémont (Val d'Oise). Un premier temps d'activités périscolaires y est organisé tous les matins, entre 8 h 20 et 8 h 50, et un second TAP est prévu une fois par semaine, de 13 h 45 à 14 h 45. En déplaçant l'heure d'activités périscolaires après la pause méridienne, cette organisation a gagné en efficacité mais souffre toujours d'une plage horaire trop réduite.

Or, "un autre fonctionnement aurait été presque impossible à mettre en place" dans les petites communes rurales, signale Le Point, pour qui "la marge de manoeuvre est faible" dans ces villes où "les animateurs manquent cruellement à l'appel". Les petites communes, qui disposaient rarement de structures d'accueil périscolaire prééxistantes, devraient affronter "des difficultés bien plus importantes que celles rencontrées dans de grosses cités".

Mécontentements parisiens

Selon Le Point, Paris n'a pas eu les mêmes problèmes d'organisation. "Les 137 000 écoliers de la capitale participent à leurs TAP tous en même temps, le mardi et le vendredi à 15 heures, dans l'un des 8 000 ateliers qui leur sont proposés. Nul besoin de répartir les activités sur différents jours pour trouver de quoi occuper les bambins". Les écoles parisiennes ont ainsi pu dégager deux périodes de deux heures par semaine, ce qui laisse davantage de marge de manoeuvre pédoagogique aux animateurs.

La capitale n'échappe pas pour autant aux mécontentements. "70 à 85% des parents d'élève ont opté pour les nouvelles activités périscolaires" selon Le Nouvel Observateur, mais "des parents ont été déstabilisés par les nouvelles activités périscolaires proposées à leurs enfants". Ils regrettent "un déficit d'informations" et restent sceptiques devant la possibilité de laisser les enfants (à partir du CP) choisir eux-mêmes leurs activités périscolaires, même si, comme le rappelle Le Nouvel Observateur, "les choix des écoliers ne sont pas définitifs: ils ne seront finalisés que dans 15 jours, après deux semaines de découverte".

Nathalie Kosciusko-Morizet s'est appuyée sur ces réactions pour dénoncer dans Le Figaro une "rupture de contrat entre les parents et l'Éducation nationale". Elle s'est inquiétée "d'une situation anxiogène" pour les parents, qui, dans certaines écoles, n'auraient été que 15% à transmettre leurs choix d'activités périscolaires. Selon elle, les équipes pédagogiques devrait bénéficier d' "un droit de veto sur les activités périscolaire". Pour autant, d'après Libération, l'entourage de NKM a souligné qu'elle "n'était pas opposée" à la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, et qu'elle ne reviendrait pas sur sa mise en place si elle était élue.

Au-delà des parents d'élèves, la coopération entre les différents acteurs éducatifs connaît des difficultés. Dans La gazette des communes, un animateur de la ville de Paris souligne "les dysfonctionnements rencontrés avec les associations, qui ont répondu à l’appel à projets de la Ville de Paris et n’ont pas honoré leur engagement". Roberta Bernard, adjointe au maire du IIe arrondissement et déléguée à la vie scolaire, pointe du doigt dans Libération "une minorité d’enseignants qui font preuve de beaucoup de mauvaise volonté" et "certaines directrices qui refusent d’ouvrir leurs salles de classe aux associations, ce qui fait que les enfants suivent leurs ateliers dans les couloirs". Les enseignants, eux, reprochent aux animateurs leur manque d'organisation et ont parfois le sentiment d'être gênés dans leur travail pédagogique, si l'on en croit les témoignages d'enseignants sur un forum qui leur est réservé.

Solutions concrètes

La réforme a "dégradé les conditions de travail et d'emploi des enseignants", confirme la section parisienne du SNUIPP-FSU, qui "continue de revendiquer l' abrogation du décret" à Paris et a interpellé le recteur et le maire de Paris à ce sujet. Les personnels du premier degré "ont été contraints de centrer leur travail sur l’organisation du péri-scolaire" et "n’ont jamais eu si peu d’informations de la part de leur hiérarchie sur ce qui constitue le cœur de notre métier, les apprentissages des élèves". Le syndicats pointe l'utilisation des salles de classe pour les ateliers périscolaires, ce qui "prive les personnels d’un espace de travail nécessaire à la préparation de leur classe". En maternelle, la mobilisation des ASEM sur les heures périscolaires a "des conséquences sur l’hygiène voire la sécurité dans les écoles", d'autant que les directeurs ne disposent pas d'une liste "des personnes habilitées à circuler au sein de l’école".

Le sujet des rythmes sera abordé lors du prochain conseil de Paris, les 14 et 15 octobre prochain.

Face à ces problèmes de rôdage, tous les médias ne tirent pas les mêmes conclusions. Libération estime qu'il est "difficile d’établir une tendance générale sur la satisfaction ou non des parents et des élèves, la situation étant très contrastée d'une commune à l'autre", quand Le Point conclut que "cette réforme des rythmes scolaires, pensée pour les enfants, pourrait bien s'avérer inadaptée, voire contre-productive dans les villes où la masse de contraintes rend toute flexibilité inenvisageable". La Gazette des communes note que "les déceptions affichées en disent long sur les espoirs que suscite la réforme" et se fait l'écho de "solutions concrètes" trouvées par certains agents pour remédier aux "couacs" de la réforme.