Le départ en vacances

À la veille des départs en vacances de l'été 2011, certaines prévisions ont indiqué que rois millions de personnes parties en vacances l'année précédente resteront chez elles cette année. La cause : la baisse du pouvoir d’achat.

 

Les statistiques concernant les ACM montrent pour leur part une étonnante stabilité des effectifs. L'hypothèse selon laquelle, plus nombreux seront les enfants privés de départ que les trois millions qui ne partent officiellement pas en vacances est donc fiable. Cela repose la question d'une politique globale d'aide au départ en vacances, le droit aux vacances pour tous étant déjà inscrit dans nos textes. Le départ est aujourd'hui un enjeu majeur des temps de vacances. En 2010, un million d'enfants sont partis en séjours de vacances. Cela indique la poursuite d'une remontée amorcée en 2008. Si l'on regarde la courbe de "remplissage" depuis l'année 2000, on peut y voir une réelle stabilité : 1 127 533 départs en 2000, 1 062 615 en 2004, 1 125 900 en 2007. Ces chiffres sont ceux du ministère. Il n'en est pas de même en ce qui concerne les accueils de mineurs, moins encadrés statistiquement, pour l'instant. Mais les chiffres communément avancés font état d’au moins six millions d'enfants concernés.

En 2011, l'ensemble des structures d’accueil collectif de mineurs accueille près de sept millions d'enfants. Ce n'est pas rien ! C'est dire l'impact du loisir collectif sur de nombreux aspects de notre vie sociale, culturelle, économique, sociétale. Cela représente quelques millions de familles, de plus en plus partenaires des projets des structures. Cela représente près de 700 000 animateurs, pour la majorité d'entre eux étant de jeunes animateurs volontaires, exerçant au travers de l'encadrement un acte citoyen fort. Cela représente donc un nombre encore plus conséquent de stagiaires, en formation Bafa. Et par rebond, cela soutient et sollicite tout un secteur de réflexion et d'innovation pédagogique. Cela représente bon nombre de professionnels de l'animation, recevant sur les vacances d'été un surplus de participants, dans des projets qu'il faut élaborer tout au long de l'année, avec les organisateurs, les politiques, les familles, comme dit plus haut, mais aussi les participants, captifs dans les territoires quand on parle des accueils de mineurs.

Redonner confiance aux parents

C'est aussi un impact économique considérable. Il semble que l'on ait oublié la dynamique économique créée par les séjours de vacances, dans des endroits souvent reculés, au sein de petites communes. En terme d'emploi, parce que les centres doivent être entretenus, gardés, que le personnel d'entretien ou de cuisine peut être recruté sur place.

En termes de commerce, qu'il s'agisse des denrées nécessaires pour nourrir un million d'enfants et l'encadrement, et des "souvenirs" ou autres produits de "consommation touristique". Sans passer sous silence la sollicitation de plus en plus fréquente d'encadrement "spécialisé" pour des activités réglementairement définies comme demandant une qualification plus affinée.

Et puis, cerise sur le gâteau, il ne faut pas négliger l'impact "touristique". Il y a fort à parier que les enfants qui auront accroché à telle ou telle activité, qui auront été touchés, séduits par tel ou tel paysage, voudront y revenir, en famille, ou y reviendront plus tard, quand ils auront acquis l'autonomie suffisante. On le voit, les "jolies colonies de vacances" s’éloignent de notre inconscient collectif. Les chiffres livrent aussi d'autres informations : 70 % des départs se font l'été. En hiver, les vacances de février accueillent près de 16% des départs de l'année, les autres périodes restant anecdotiques. Les séjours "maternels" (4-6 ans) sont en nette régression : 24 399 enfants en 2000, 16 540 en 2010. Il y a la matière à réfléchir. Est-ce le surinvestissement des adultes sur les enfants, donc des parents, qui éloignent les enfants des lieux majeurs de socialisation que sont les séjours de vacances ? Le fait que les enfants partent plus souvent dans les familles ? On sait que cela reste incertain, et que la forme "vacances dans la famille" est une forme en récession, naturellement due au fait que plus de 20 % de la population est aujourd'hui regroupée dans les villes.

Il semblerait qu'un chantier reste à ouvrir pour redonner confiance aux parents. En revanche, à l'autre bout des tranches d'âge, on peut dire que les adolescents (13-17 ans) partent de plus en plus : 534 000 en 2000, 589 580 en 2010 (à noter, une pointe à 656 200 en 2006).

Le miniséjour incontournable

Les départs des adolescents couvrent plus de la moitié des départs totaux. C'est un bon point, aux impacts multiples. Nous verrons plus avant, que près de la moitié des départs des séjours d'adolescents se font vers l'étranger, ce qui laisse également sous-tendre des impacts multiples et originaux.

En ce qui concerne les accueils de mineurs, une analyse des chiffres reste plus aléatoire. Ce que l'on sait, c'est que très souvent les enfants quittent ou désertent les accueils au moment de leur entrée au collège. Quitte à y revenir plus tard. Comme s'il fallait marquer encore plus nettement ce passage symbolique.

Les structures cherchent à garder ces jeunes, mais une réflexion est à mener, pour trouver des propositions d'accueils qui soient à la mesure des demandes et besoins des jeunes. D'autant qu'on les retrouve peu dans d'autres structures, et que l'on peut parier que pour bon nombre d'entre eux, c'est un temps de désœuvrement, d'occupation de cages d'escaliers, de porches d'entrée ou d'abribus en campagne ou autre milieu rural.

Le développement des miniséjours, dans les années 2000, semble avoir terminé sa courbe exponentielle. Le miniséjour est installé dans les accueils de mineurs comme une activité quasi traditionnelle. C'est tout à la fois un espace, une pratique favorisant le départ, qui nous semble incontournable des enjeux des temps de vacances, et la prise d'initiative et l'élaboration de projets à la mesure des enfants et des jeunes, quand les équipes les installent dans une dynamique d'association des participants.

Pour clore ce chapitre, si on peut faire le constat que les ACM restent un secteur très important, quantitativement, des vacances des enfants, on doit par là même continuer le combat dont l'aboutissement seront des vacances pour TOUS et des départs pour TOUS. Cela demande une réelle volonté politique, en direction de l'enfance, des jeunes, de l'éducation. Et des moyens pour réaliser un tel projet politique.

Alain Gheno

Autres ressources

n° Interventions du GFEN
n° Interventions du GFEN
n° Graffite (arts plastiques- GFEN)
Vers l'éducation nouvelle n° 544 Le volontariat
Cahiers pédagogiques n° 494 L'erreur pour apprendre
n° Interventions du GFEN
n° Interventions du GFEN
n° Graffite (arts plastiques- GFEN)
Cahiers pédagogiques n° 494 L'erreur pour apprendre
Animation & Éducation n° 228 Enfant lecteur, auteur, critique - Les chemins de l'écriture littéraire
n° Interventions du GFEN
Dialogue n° 198 Education et politique
n° Interventions du GFEN
n° Graffite (arts plastiques- GFEN)
Vers l'éducation nouvelle n° 544 Le volontariat
Vers l'éducation nouvelle n° 544 Le volontariat
Vers l'éducation nouvelle n° 544 Le volontariat un enjeu de sociéte
Vers l'éducation nouvelle n° 542 Jeux sportifs
Cahiers de l'Animation n° 74 Confiance