Les réseaux sociaux ont-ils leur place à l’école ?

Que le développement d’Internet et des réseaux sociaux concerne l’école, est pour beaucoup d’enseignants une évidence, mais soulève aussi pour d’autres, des objections importantes. Pour éclairer le débat, n’est-il pas indispensable de s’interroger sur la possibilité d’utiliser Twitter et Facebook comme des outils pour apprendre ?

En quelques années (Facebook a été lancé en 2004), les réseaux sociaux sont devenus les médias dominants dans les pratiques numériques, des jeunes d’abord, de la grande majorité des acteurs de la société ensuite, renvoyant au rang de "vieux" médias les sites web, les blogs et même la messagerie électronique. Car pourquoi perdre du temps à envoyer des dizaines de mails pour donner rendez-vous à ses amis pour une petite fête lorsque l’envoi d’une seule annonce d’événement sur Facebook suffit. Ce qui d’ailleurs se révèle beaucoup plus efficace puisqu’on peut être quasiment certain que la grande majorité des destinataires recevra effectivement le message. D’ailleurs plus personne ne peut contester l’influence déterminante des réseaux sociaux dans les événements historiques aussi importants que le "Printemps arabe". De leur côté, les hommes politiques, les journalistes, les people de tout bord, n’ont pas hésité à y assurer leur présence et à les investir systématiquement.

Les réseaux sociaux apparaissent donc aujourd’hui (pour combien de temps encore ?) comme les sites les plus consultés, ceux qui drainent la plus grande audience et qui rapportent sans doute le plus de bénéfices. Est-ce une raison suffisante pour que l’école soit concernée ? Et qu’elle réagisse en leur ouvrant ses portes ?

L’école doit-elle systématiquement prendre en compte toutes les évolutions technologiques ? Surtout quand on sait que dans le domaine de l’information et de la communication les nouveautés se succèdent à un rythme si rapide qu’il est souvent bien difficile non seulement de se tenir au courant, mais surtout de pouvoir distinguer entre ce qui n’est que la manifestation d’une mode éphémère et ce qui apportera de véritables modifications des usages. La nécessaire introduction à l’école des outils et ressources numériques sur laquelle insistent les textes officiels impose certes une exigence de formation, ou du moins d’infor- mation, permanente. Mais cela ne signifie sans doute pas qu’ouvrir un compte Facebook est la seule condition pour un enseignant d’être efficace dans sa pratique professionnelle. La question de la place des TIC à l’école peut être pensée comme un cas particulier de celle de l’innovation pédagogique. Mais chaque enseignant peut-il, et doit-il, être novateur dans sa pratique quotidienne ? En quoi l’innovation dans le domaine des TIC peut-elle consister ? Sur quels outils théoriques peut-elle s’appuyer ? À l’école, comme ailleurs, l’expérimentation est indispensable pour fixer les conditions et la possibilité même du changement. Mais peut-elle être menée sans garde-fou pour éviter que la classe devienne peu à peu prisonnière de la passion de l’enseignant ? Le jour où la majorité des enseignants seront devenus des geeks, les TIC à l’école auront sûrement fait un grand bon en avant. Mais il n’est pas sûr que ce soit vraiment dans l’intérêt des élèves.

Réconcilier avec la scolarité via les réseaux sociaux

Les arguments qui peuvent être mobilisés en faveur de la prise en compte des réseaux sociaux par l’école sont de plusieurs ordres. Il y a d’abord la légitimité institutionnelle. La quatrième version du B2i [1], en date de décembre 2011 mentionne explicitement les réseaux sociaux. Le deuxième argument évoque la nécessité de prendre en compte les intérêts des élèves, ce qui fait leur quotidien et souvent leur passion. Puisque les jeunes utilisent massivement les réseaux sociaux, les prendre en compte et les utiliser à l’école serait une façon de les motiver davantage pour le monde scolaire, voire de les réconcilier avec une scolarité devenue enfin de son époque et soucieuse de ce que sont véritablement et concrètement les élèves. Ce type d’argument soulève tellement d’objections qu’il peut très bien se révéler être une arme aux mains de ceux qui souhaitent fermer l’école aux influences pernicieuses des médias ou de la culture médiatique, surtout lorsqu’ils prennent la forme de phénomènes difficilement contrôlables par les adultes. Aller dans le sens de ce qui séduit les élèves, uniquement parce que cela leur plaît, n’est-ce pas renoncer à ce qui fait la grandeur de l’école – et constitue le cœur de sa mission – l’ouverture à la "vraie culture", dont les limites ne doivent certainement pas dépasser la dimension patrimoniale des œuvres du passé. D’autant plus qu’il n’est pas sûr que les élèves ne voient pas là autre chose qu’une récupération qui oblitérerait, de leur point de vue même, la portée éducative et pédagogique.

Resterait alors à définir avec rigueur une conception de la mission éducative de l’école dans le domaine des médias, qui ne puisse être perçue ni comme une concession aux modes du moment, ni comme un renoncement à ses valeurs fondamentales. En ce qui concerne les réseaux sociaux, trois orientations complémentaires peuvent être envisagées :

  • L’éducation aux médias proprement dite.
  • Les connaissances indispensables.
  • Les réseaux sociaux, outils d’apprentissage.

 

L’éducation aux médias

Elle s’inscrira bien évidemment dans une réflexion globale sur internet, tenant compte des disparités pouvant exister dans les pratiques personnelles des élèves. Il est indispensable alors de faire exprimer les usages des uns et des autres et les représentations qu’ils se font du fonctionnement et de l’utilité des réseaux. Qu’est-ce qu’évoquent pour eux le web en général, les blogs, et l’expression "réseaux sociaux" ?

Comme pour beaucoup d’outils numériques, les fonctionnalités des réseaux sociaux sont en perpétuelle évolution, ce qui rend d’autant plus difficile leur maîtrise surtout pour les plus jeunes. Il est en particulier essentiel de pouvoir configurer les paramètres de confidentialité pour pouvoir protéger les données privées. Or, ces paramètres sont souvent difficiles à manipuler, en particulier sur Facebook, même si l’on peut reconnaître que ce dernier a fait, sous la pression des utilisateurs, un effort de visibilité, en les rendant accessibles à côté des images et des autres publications.

Facebook est d’ailleurs un bon exemple des problèmes que soulève son utilisation spontanée et intuitive en ce qui concerne la protection de la vie privée, la configuration par défaut étant très insuffisante sur ce point.

Une éducation aux médias peut alors se centrer sur ces éléments concrets et permettre une réelle prise de conscience des "risques" qu’un réseau social comme Facebook présente, en rendant publics des éléments qui peuvent par la suite se révéler compromettant ou nuire à la réputation. Il est donc fondamental d’apprendre aux jeunes à se soucier des incidences futures de leur agissements actuels sur les réseaux sociaux. Ce qu’il est convenu d’appeler "e-réputation" n’est pas un vain mot, et le développement actuel des pratiques de "cyber-harcèlement" dans les établissements scolaires ne doit laisser aucun éducateur indifférent. Les problèmes soulevés par la protection de la vie privée sur Facebook peuvent être abordés à partir des questions suivantes :

  • Chaque utilisateur sait-il qui peut voir les données publiées sur son profil ?
  • Peut-il refuser que des photos où il apparaît soient publiées sur son profil ?
  • Peut-il choisir qui peut ajouter des tags et des identifications aux photos et messages qu’il publie ?
  • Peut-il visualiser directement sur ses messages à qui ils seront publiés ?
  • Peut-il indiquer à chaque publication le lieu où il se trouve ? Quelle utilité a pour lui une telle fonctionnalité ?
  • Peut-il changer l’audience d’un statut déjà publié ?
  • Peut-il enfin avoir la garantie que ses paramétrages de confidentialité ne seront pas modifiés sans qu’il en soit averti ?

En définitive, une éducation aux médias efficace ne vise certes pas à faire renoncer les jeunes à utiliser les réseaux sociaux. Mais elle doit les rendre responsables de l’ensemble de l’usage qu’ils en font.

Connaissances des réseaux sociaux

Aborder les réseaux sociaux dans un contexte éducatif suppose qu’au fur et à mesure du développement des activités pédagogiques un certain nombre de connaissances soit développées :

  • Au niveau historique, l’apparition et le développement du web 2.0 en insistant sur sa dimension interactive.
  • Avec les plus grands, le poids économique des réseaux sociaux, l’importance de leur audience et la rapidité de leur développement mondial.
  • En ce qui concerne la dimension communautaire, les conditions de création de contacts et les outils de recherche proposés, les différenciations pouvant être établies entre eux et les différents niveaux existant.
  • À propos des modalités de communication, les possibilités offertes (commentaires et réponses aux publications, messagerie personnelle, chat, etc.).

 

Les réseaux sociaux, outils d’apprentissage

Nous prendrons comme exemple un projet d’utilisation de Twitter en cycle 3 de l’école primaire, ou au collège (voir ci-dessous). L’utilisation d’un réseau social particulier, implique que soient appréhendées ses spécificités. En ce qui concerne Twitter, il s’agira de tenir compte des points suivants :

  • la contrainte des 140 caractères ne pouvant pas être dépassée dans un message ;
  • la gestion des abonnements (sur quel critère les effectuer) et des abonnés (avec la possibilité de bloquer les indésirables) ;
  • les fonctionnalités spécifiques : le retweet d’un message (RT = faire suivre), mettre un tweet en favoris (pour le retrouver facilement), constituer des listes (pour trier les messages reçus), l’utilisation du hashtag (# pour effectuer une recherche par mot clé) et celle de l’arobase (@ (pour désigner un nom de compte et le transformer en lien). Enfin, on pourra aussi aborder certaines pratiques affectionnées par les utilisateurs de Twitter : le #FF (FollowFriday, pour recommander des comptes particulièrement intéressants) ou le TT (Trending topics, ou Tendances en français qui désigne les mots clés les plus souvent utilisés dans les Tweets au cours d’une journée).

Jean-Pierre Carrier

IUFM d’Aquitaine,

membre du groupe national Pôle Médias, éducation critique et engagement citoyen des Ceméa

 

 

 

1. Brevet informatique et internet

 

Description du projet

PHASE 1. La vie de la classe (centration sur les apprentissages)

Principe. Le TWITTER de la classe - Premier niveau Un seul compte pour la classe : communication intra-classe. Objectif. Utiliser un outil de communication en ligne pour développer une attitude réflexive sur la réalisation des apprentissages scolaires (métacognition) Organisation. Deux groupes (travail en ateliers)

A matin : l’emploi du temps : qu’allons-nous faire aujourd’hui, qu’allons-nous apprendre ?

B soir : retour sur la journée : qu’avons-nous fait, qu’avons-nous appris ? Tâches élèves. Le matin (en sous-groupes) lecture des messages de la veille, réponse si nécessaire ; rédaction des messages du jour. Le soir (en sous-groupes) lecture des messages du groupe du matin ; rédaction des nouveaux messages. Sous-groupes en fonction du nombre d’ordinateurs disponibles dans la classe. Périodicité. Tous les jours ou un jour par semaine. Rotation des groupes.

PHASE 2. La vie de la classe (centration sur la communication)

Principe. Abonnement à un compte Twitter d’une classe de même niveau ayant fonctionné selon les modalités précédentes. Communication inter-classes Objectif. Comparaison des modalités de fonctionnement des deux classes.

PHASE 3. La vie de la classe (centration sur les projets pédagogiques)

Principe. Création d’un ou de plusieurs comptes Twitter "spécialisés" dans un projet de classe. Compte ouvert. Objectifs. Développer un projet de classe dans le cadre d’une communication sociale. Produire des contenus médiatiques dans le cadre d’un projet pédagogique pour consolider les apprentissages en jeu. Tâches élèves. Rédaction de messages présentant le projet et son déroulement, au fur et à mesure des activités réalisées. Le cas échéant, réalisation d’une documentation iconique publiée sur Twipic. Recherche de documentation utile pour le projet, sites web, blogs... diffusion de l’information sur twitter. Abonnement à des comptes twitter centrés sur le même projet. Lecture des messages, utilisation des fonctions répondre, RT et DM.

PHASE 4. La classe communicante

Principe. Création par chaque élève d’un compte Twitter personnel. Objectif. Développer des compétences de maîtrise de la langue (communication, lecture-écriture) dans le cadre d’une utilisation raisonnée d’un réseau social. Tâches élèves. Rédaction collective d’une charte d’utilisation de Twitter dans le cadre de l’école. Création d’un compte Twitter personnel (ouvert ou privé), personnalisation. Gestion de la vie du compte : publication de contenus. Gestion des relations sociales en réseau : abonnements et contrôle des abonnés. Communiquer avec un réseau social : messages personnels, réponses, DM, RT.

 

Autres ressources

Dialogue n° 198 Education et politique
Animation & Éducation n° 228 Enfant lecteur, auteur, critique - Les chemins de l'écriture littéraire
Le Nouvel éducateur n° 208 Participer, coopérer, connaître
Dialogue n° 92 Face à l'évaluation
Dialogue n° 198 Education et politique
Vers l'éducation nouvelle n° 544 Le volontariat
Cahiers pédagogiques n° 496 Décrocheurs, décrochés
Vers l'éducation nouvelle n° 543 Accueil collectif de mineurs
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