Lundi 4 Mar 2013

Les jeunes veulent être des adultes (Forum français de la Jeunesse)

Comment devenir adulte aujourd'hui ? En quoi les politiques publiques peuvent-elles y aider ? Ces questions étaient au coeur d'une "conférence débat" organisée jeudi 28 février par l'INJEP, l'AFEV et Alternatives économiques. Le magazine publie un numéro spécial et dresse un état des lieux de la Jeunesse, alors que les parcours qui mènent à l'âge adulte sont "de plus en plus chaotiques", et que les intéressés ont souvent le sentiment, justifié, de "jouer leur vie à 18 ans", puisque leur avenir dépend de leur réussite (ou de leur échec) scolaire. Or, comme le souligne Bertrand Coly, du Forum français de la Jeunesse, les jeunes demandent d'abord à être considérés comme des adultes. Ils veulent que leur parole soit prise en compte, et ils veulent "accéder aux lieux où se prennent les décisions". Ils ne demandent pas de dispositifs spécifiques, mais au contraire d'avoir accès au droit commun.

La sociologue Cécile Van de Velde évoque une crise générale, qui se retrouve dans tous les pays avancés, et où les jeunes diplômés jouent un rôle moteur, comme on l'a vu avec les divers mouvements d'indignés, en Espagne, au Québec, au Chili... Se pose évidemment la question du prix des études, qu'il s'agisse des frais d'inscription à l'université, mais aussi en termes de temps de vie, d'investissement personnel et familial, alors qu'on peut se demander à quoi elles servent. Elle voit les jeunes développer des stratégies individuelles pour "contourner les règles du jeu", qui passent parfois par l'arrêt des études. On assiste d'ailleurs à un début de "désinflation scolaire".

On assiste également à une montée de la défiance à l'égard de la démocratie représentative, et à une radicalisation en direction des extrêmes, notamment à droite, tandis que la majorité "y croit encore", mais au prix d'une perte de l'estime de soi. Jean-Claude Richez, coordonnateur de la mission observation/évaluation à l'INJEP, dénonce "quatre facteurs de blocage". Ce sont d'abord les "logiques familialistes" qui ont favorisé la natalité, mais qui condamnent les jeunes à "l'assistanat familial". C'est aussi une conception trop étroite du politique, qui porte trop souvent uniquement sur les politiques d'Etat. Mais il dénonce aussi "le verrou scolaire", et la "dévalorisation des autres espaces d'apprentissage", puisqu'on assimile trop souvent l'éducation non formelle à une garderie, comme le montrent certains débats sur les rythmes scolaires aujourd'hui.