Des loisirs encore trop stéréotypés

Mal prise en compte, y compris par les acteurs de l’animation, la question de la mixité dans les activités de loisirs est pourtant essentielle. À une période décisive de leur vie, les adolescentes et adolescents voient les stéréotypes de genre confortés pendant les activités de loisirs qui devraient au contraire leur permettre de s’en détacher.

 

Cette question mérite d’être posée en contrepoint du rassemblement national "vacances", lieu de réflexion de la Ligue de l’enseignement sur ses propres pratiques, qui s’est déroulé au Lavandou du 14 au 16 novembre dernier. La mixité, au sens de la fréquentation commune des mêmes espaces par les filles et les garçons, est une question ancienne. Quelques mouvements d’éducation populaire, Auberges de jeunesse, Faucons rouges…, en ont fait l’expérience durant l’entre-deux guerres. Elle s’est généralisée dans l’école dans les années 60-70, pour être décrétée en 1975. Plus à cause de la massification de l’enseignement que par principe éducatif.

Cette question est depuis peu travaillée de façon approfondie dans le domaine de l’animation par quelques chercheur(e)s. Les initiatives se sont d’ailleurs multipliées à la suite du colloque "Mixité, parité, genre : quels enjeux pour l’animation ?" en 2006. Par ailleurs, lors d’une récente journée d’étude, le 8 novembre dernier à Pessac (Gironde), la sociologue Magalie Bacou et le géographe Yves Raibaud ont présenté le dernier numéro de la revue Agora débats/jeunesses publiée par l’Injep [1] . Un numéro qui fait le tour de la question avec un dossier dédié à la mixité dans les activités de loisirs. Il est d’abord relevé que, si la mixité est totale en salle de classe, elle devient relative durant les temps de récréation et de repas, et spécifiquement organisée dans l’accueil périscolaire et dans l’offre de loisirs organisés.

Vers une mixité "active" ?

La mixité est officielle dans le champ de l’animation. Mais une série d’exemples indique qu’elle est vécue de façon particulière. Il y a d’abord la question de la répartition par discipline. Les garçons s’orientent – et sont orientés – vers des disciplines mettant en valeur la force et une certaine vision de la virilité : arts martiaux, musiques amplifiées (rock, etc.)… Les filles, quant à elles, sont censées développer leur grâce par la pratique de la danse (sauf le hip-hop), ou du violon… Cette répartition est souvent perçue comme naturelle alors qu’elle résulte de stéréotypes rudimentaires. On constate de plus que la participation des filles aux activités baisse fortement vers 12-13 ans, alors que celle des garçons augmente fortement jusqu’à occuper de façon hégémonique l’espace dédié aux activités de loisirs. Les filles encore présentes devenant de simples spectatrices. Les cas du VTT sportif ou des skates parcs étant caractéristiques. La répartition des tâches entre animateurs (encadrement viril) et animatrices (ramenées au fameux "care" [2]) renforce cette situation.

Comment lutter contre ces relations inégales, porteuses de préjugés et propices au dénigrement – et à l’autodénigrement – des adolescent(e)s peu tenté(e)s de se fondre dans ces modèles ? On trouve dans le dossier d’Agora  un appel à une "mixité active", avec des exemples d’activités (les danses collectives : cercle circassien, chapelloise…), et surtout le renvoi vers les travaux de  Francas, des Ceméa et les activités des "p’tits égaux" [3].

Au-delà d’une nécessaire prise de conscience, beaucoup reste à faire pour atteindre d’une mixité définie par la philosophe et historienne Geneviève Fraisse comme "une expérience concrète, une réalité ordinaire qui porte aussi un rêve de plaisir, d’harmonie, de justice".

1. "Mixité dans les activités de loisirs : la question du genre dans le champ de l’animation", Agora débats/jeunesses n° 59, 2011.
2. Ensemble des activités attribuées généralement aux femmes, qui contribuent à mieux "vivre ensemble" en prenant soin des autres dans la vie quotidienne.
3. www.lesptitsegaux.org

Sommaire
La mixité dans les activités de loisirs
Publication source
Les Idées en mouvement
IEM - décembre 2011
n°194
Dec 2011

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