Lundi 11 Nov 2013

La loi de refondation légitime le rôle des parents, des associations et des collectivités à l'école

La loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'École constitue un "changement culturel": elle pose le principe du caractère global et continu de l’éducation et reconnait le rôle des parents, des collectivités, des associations, des mouvements d’éducation populaire. C’est le constat consensuel qui se dégage des cinquièmes rencontres nationales des PEL de Brest qui ont rassemblé 600 personnes les 5 et 6 novembre 2013. L’événement est organisé tous les deux ans par la ville de Brest et les Francas, en partenariats avec le RFVE (Réseau français des villes éducatrices) et l’ANDEV (l’Association nationale des directeurs de l’Education des Villes).

Pour Didier Jacquemain, délégué général des Francas, il s’agit d’un tournant "historique". "La loi reconnaît qu’il y a d’autres interventions éducatives possibles et nécessaires que celle de l’Etat." Il s’exprime lors d’une table ronde intitulée: "Quelles évolutions recèlent la loi de refondation de l’école de la République et l’inscription des projets éducatifs territoriaux dans celle-ci ?", et il estime qu’il faut "construire progressivement une approche globale des temps éducatifs, permettre qu’il y ait une articulation plus réfléchie entre les temps, les espaces et les contenus éducatifs, une reconnaissance de l’ensemble des interventions éducatives". Il rappelle que le projet éducatif territorial est désormais élaboré et articulé au projet d’école. "Il y a des perspectives possibles à travers cette loi et il faut se donner le temps d’une construction des évolutions nécessaires pour que territorialement l’intervention de l’école soit mieux articulée avec celle des associations, des collectivités."

Le ministère travaille avec une "logique renouvelée"

Didier Jacquemain y voit "la possibilité de mettre en place un mode de conduite des politiques éducatives qui garantisse une mobilisation des acteurs et qui crée des espaces de partage de l’éducation, des espaces d’élaboration d’une action éducative convergente entre l’école et les divers interventions éducatives. Mais qui crée aussi des espaces pour parler de l’éducation au plan territorial." Il estime qu’il faut "conduire un débat le plus partagé possible".

Marianne de Brunhoff, conseillère au cabinet de George Pau-Langevin, insiste sur le fait que le ministère travaille "avec une logique renouvelée. Vous l’avez peut-être noté avec la réforme des rythmes scolaires : l’une des innovations importantes est le fait que le maire peut proposer une organisation des temps scolaires dans les écoles de sa commune, un système dérogatoire en s’appuyant sur un projet éducatif territorial. C’est ce qu’il élabore avec l’Etat évidemment, mais aussi avec les associations, avec tous les partenaires locaux qui peut servir de base à ses propositions pour une organisation qui déroge au cadre initial du décret".

Pour Paul Bron, adjoint au maire de Grenoble et membre du RFVE, "c’est une chance d’avoir un ministre, Vincent Peillon, qui nous dit pour une fois que l’école ne peut pas réussir toute seule". Ainsi, "le ministre légitime et reconnaît tous les autres acteurs éducatifs : les parents d’élèves, les associations, les élus. Cette reconnaissance se traduit concrètement dans les projets éducatifs de territoire." Selon Paul Bron, "si on reconnaît des acteurs, on leur donne l’espace de pouvoir travailler ensemble et cet espace là se joue tous les jours dans la mise en œuvre de la réforme."

"On regrettait que l'Education nationale ne soit pas présente"

Avec cette mise en œuvre, "les collectivités ont su combiner le génie territorial, le génie local avec les priorités de l’Education nationale", se félicite de son côté Anne-Sophie Benoit, présidente de l’Andev. Et ceci, insiste-t-elle, "malgré les contraintes financières des collectivités locales et le manque de moyens. Les territoires font preuve d’innovation et d’expérimentation et tiennent compte de tous les acteurs de l’éducation, des spécificités locales, de la diversité des territoires." Concernant le projet éducatif du territoire, Anne-Sophie Benoit, applaudie par l’assistance, regrette qu’il soit soumis à "un encadrement très étatique, à la validation du DASEN  et à la signature du préfet, sans réellement contraindre l'Etat à des engagements de moyens". Didier Jacquemain tient à nuancer : "Jusqu’à présent lors des quatre dernières rencontres, on regrettait que l’Education nationale ne soit pas présente ! (…) Ce qu’il faut voir, c’est la mise en route d’un processus qui permette de débattre des questions essentielles parce qu’elles intéressent les parents, les associations, les élus… ".

"Il y a un consensus entre les participants pour dire que l’éducation doit être dans un échange entre plusieurs acteurs. En revanche, il y a des interrogations de certains acteurs sur les modalités de mise en œuvre. Si on se bloque là dessus, on n’avancera pas", analyse  pour ToutEduc Didier Jacquemain. Selon lui, "dans ce processus, il faut se mettre dans une logique de construction coopérative. Il faudra réussir à convaincre de la nécessité d'une posture de la bienveillance dans l’échange. L’enjeu est de taille." Pour construire "patiemment cet échange bienveillant sur l’éducation, il faut permettre la rencontre". Un constat que partage Marc Sawicki, adjoint au maire de Brest, chargé des politiques éducatives. "Lors de ces rencontres, les petites communes parlent aux grandes. Tout ne se passe pas forcément dans les ateliers. Mais aussi dans les couloirs autour d’un café. Des cartes sont échangées et le dialogue se poursuit par la suite."