La famille en débat

Les polémiques qui font rage autour du projet de loi relatif au mariage homosexuel ont quelque chose de déconcertant. Lorsque l’Exécutif a décidé d’inscrire ce texte à l’ordre du jour du Parlement, des voix se sont élevées, à gauche comme à droite, pour dénoncer une diversion. L’urgence est à l’économie, aux conséquences de la crise : à quoi bon perdre du temps et de l’énergie pour une proposition figurant certes dans le programme présidentiel de François Hollande, mais qui ne concerne au fond qu’une minorité ?

Plus largement, le choix de porter le débat sur le "sociétal" serait le symptôme, à gauche, d’une perte de sens, d’un abandon de la question sociale au profit de combats culturels quelque peu superficiels. Et cet abandon offre un boulevard à une extrême droite ayant précisément accompli l’itinéraire inverse, en se recentrant sur les questions économiques et sociales.

Ces critiques ne sont pas dénuées de pertinence, et pourtant elles portent à faux. Comment ne pas voir, en effet, qu’autour de cette question sociétale apparemment secondaire s’est noué un vrai débat de fond, une de ces polémiques enflammées qui signalent la vitalité d’une démocratie ? La démocratie a besoin de débats et d’un minimum de polarisation. Si des observateurs bien intentionnés déplorent souvent notre difficulté collective à nouer des consensus, ils oublient que notre tradition politique marquée par de forts clivages et des batailles féroces ne nous a jamais empêchés d’avancer, bien au contraire. Et que les moments de consensus entre partis de gouvernements se sont bien souvent payés par un regain de vigueur des extrêmes. Rien de tel qu’un bon clivage droite-gauche pour faire fonctionner la République.

Au demeurant, ce serait faire preuve d’une certaine naïveté que de considérer la question du mariage homosexuel et de l’homoparentalité comme une question secondaire. Certes, elle ne concerne apparemment qu’une minorité de nos concitoyens. Mais tous les anthropologues le savent, les structures de la parenté sont au cœur de la définition d’une société. Elles sont en quelque sorte sa signature, ce qui la distingue. Plus encore qu’une question de fond, c’est véritablement un choix de société.

Sans doute toutes les conditions du débat ne sont pas réunies : en particulier on a trop peu d’expérience pour estimer précisément tous les effets des nouveaux modes de parentalité. C’est pourquoi nous avons cru utile d’y consacrer un dossier, de façon à donner un peu d’intelligibilité à certains aspects du débat. Si chacun a sans doute déjà une opinion, il apparaît évident que nous ne maîtrisons pas tous les termes de la discussion. La plupart des intellectuels et des experts avec lesquels nous nous sommes entretenus partagent d’ailleurs ce sentiment : du droit à la sociologie, en passant par la psychologie, voire la morale et parfois la religion, tant de domaines s’enchevêtrent dans ce débat !

La Ligue de l’enseignement est plurielle et ses adhérents peuvent se rejoindre dans un effort commun pour préciser la discussion, pour cerner ce qui est accessoire et ce qui compte davantage, pour essayer de mieux comprendre le fond du débat et se concentrer sur l’essentiel. C’est tout l’enjeu de ces quelques pages, qui visent à remettre en perspective les discussions en cours.

Richard Robert

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