Vendredi 17 Mai 2013

Journée nationale de la réussite éducative : "la réussite est avant tout scolaire"

"Un rapport de la Cour des Comptes pointait les risques de substitution en matière éducative entre les moyens spécifiques mobilisés" par les ministères de l'Education nationale et de la Ville dans leurs politiques de droit commun. "Ce sera l’objet de la convention sur laquelle nous travaillons et qui devra mieux acter la répartition des moyens et la mobilisation des deux ministères en faveurs des enfants des quartiers", a expliqué George Pau-Langevin dans son discours inaugurant la journée nationale de la réussite éducative qui se tient ce 15 mai en Sorbonne.

George Pau-Langevin souligne le caractère inédit de cette journée qui réunit les acteurs de l’Éducation et ceux de la politique de la Ville, les acteurs associatifs, les élus, les parents d’élèves. "Une étape importante pour construire ensemble l’École de demain". Elle rappelle que c’est depuis la loi de cohésion sociale de 2005 que certains dispositifs ont été formalisés sous l’appellation de "réussite éducative", avec la particularité de conjuguer des actions collectives circonscrites à des territoires délimités, avec des actions individuelles de soutien à des enfants repérés pour les difficultés qu’ils rencontrent. Ils ont pris en compte l’enfant dans son environnement. Cependant, l’avis du 6 décembre 2012 du conseil national des Villes note que "l’ambition de réduction des inégalités territoriales est loin d’être atteinte" selon la ministre déléguée à la réussite éducative. "C’est donc à une meilleure coopération entre les politiques menées sous la houlette de l’ACSé (agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances) et des collectivités locales dans les quartiers prioritaires (…) que nous devons œuvrer." George Pau-Langevin remarque "la nécessité d’une meilleure mise en cohérence des dispositifs politique de la Ville et Education nationale dans les quartiers sensibles, qui a été pointée par la Cour des Comptes dans son rapport consacré à la politique de la Ville et à l’action éducative.

Philippe Auguste

François Weil, recteur de Paris, qui a ouvert la journée, a rappelé que l’université, fondée au Moyen-Age, s’était vu octroyer son autonomie par Philippe Auguste à la suite d’une rixe entre les étudiants et les bourgeois de Paris. "C’est dire si les relations à l’époque étaient mauvaises entre l’école et la ville."

Dans une première table ronde, Agnès van Zanten, sociologue (Sciences po), plaide pour un accompagnement plus systématique des politiques et des expérimentations, pour assurer leur succès, leur évaluation et leur généralisation. Elle explique aussi qu’il "faut revenir à une conception plus positive des territoires" au lieu de vouloir en extraire les meilleurs élèves.

Pour Jacques Donzelot, sociologue (Paris X Nanterre), cette approche est représentative de l’idéologie de gauche: "jouer la 'carte territoire' depuis les années 80, c’est la gauche. A droite, on compte sur les motivations individuelles, celle des entrepreneurs pour bénéficier des exonérations fiscales par exemple, et sur la possibilité de sortir des territoires." Claude Dilain, sénateur de Seine-Saint-Denis, lui répond que "les conditions de vie dans certains territoires amènent mécaniquement à des échecs scolaires." Il donne l’exemple de famille de 6 ou 7 personnes dans un F4.

Éducatif "à toutes les sauces"

Jacques Donzelot considère pour sa part qu’il faut en priorité une présence de 25 heures minimum des enseignants dans les établissements, une plus grande autonomie des collèges et une démarche collective des enseignants. Il souligne qu’en mettant le terme "éducatif à toutes les sauces, on masque le fait que "la réussite est avant tout scolaire." Les actions éducatives ne sont-elles pas du "travail social amélioré" ? Le risque est que les établissements "se débarrassent des cas difficiles sur les personnels extérieurs à l’école".

Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’enseignement scolaire, rétorque "on ne peut à la fois demander à l’école de s’ouvrir et en même temps l’accuser de délestage. 6% des collèges reçoivent 75% des élèves favorisés. Et on note les mêmes pourcentages à l’autre extrème."

A propos de l’ouverture de l’école aux parents, Jacqueline Costa-Lascoux, sociologue au CNRS, remarque qu’on ne peut parler des parents en général : "il y a d’un côté les associations de parents d’élèves, qui sont là depuis plus d’un siècle. Et de l’autre les parents lambda, qui sont divers. Il y a des parents trop présents et d’autres qui sont invisibles."

Interrogée sur le concept de confiance, Jacqueline Costa-Lascoux, explique qu'il faut que "les parents soient considérés comme les premiers éducateurs et considérer les enfants dans leur globalité, avec leur histoire, leurs attentes et leurs potentialités hors scolaire. (…) Ce manque de confiance se perçoit dans les évaluations internationales. Les élèves de France sont ceux qui osent le moins répondre lorsqu’ils ne sont pas sûrs de connaître la réponse et sont mauvais à l’oral." François Dubet, sociologue (EHESS) souligne de son côté que dans notre système scolaire, pour que certains réussissent, "il faut que d’autres réussissent moins et certains se demandent ce qu’ils font là alors que leurs chances sont ridicules. Une grande partie du décrochage est due à cette perte de confiance. Les élèves n’acceptent pas de jouer un jeu auquel ils sont sûrs de perdre".

À propos de la place des parents à l’école, il espère que cela changera les relations au sein de l’école : l’enseignant, au lieu d’enjoindre aux parents d'aider leurs enfants à faire leurs devoirs, leur dira "je vais vous aider à aider vos enfants à faire leurs devoirs. Et les accompagnera davantage dans le choix des orientations." En maternelle, cela pourrait aussi faire changer d’avis les parents, qui restent très attachés à la notation, car c’est leur seul moyen de contrôle.

Jean-Paul Delahaye rappelle qu’une circulaire est en cours de préparation pour créer un espace spécifique pour accueillir les parents dans chaque établissement.