Rapport à soi, rapport à l’autre

Je me propose dans cette contribution de conduire, à partir du thème de la frontière, une réflexion dans laquelle je serai amenée à lier des points de vue que l’on a peut-être pas l’habitude de voir traiter ensemble, comme l’anthropologique et le biographique, le psychologique et le politique.

 

Des espaces humains et des frontières

Mon point de départ sera anthropologique. Je voudrais resituer la notion de frontière par rapport à ce qui nous constitue – nous, les êtres humains, mais je pourrais presque dire : nous, les êtres vivants – comme des êtres-dans-l’espace et comme des êtres-d’espace. Je veux dire par là tout simplement et tout trivialement que nous vivons dans l’espace, que chacune de nos actions s’effectue dans l’espace, que chacun de nos états a lieu dans l’espace. Et je veux dire aussi que nous sommes nous-mêmes de l’espace : notre être corporel appartient à l’étendue et à la matérialité de l’espace, nous sommes donc de l’espace dans l’espace. L’espace n’est pas seulement un contenant, un réceptacle de nos états et de nos actions : il fait partie intégrante de notre expérience, il est constitutif de notre expérience, notre expérience individuelle comme notre expérience collective. Le fond originel de l’existence humaine est constitué par cette relation de notre corps-espace à l’espace qui nous englobe. Heidegger voyait dans cet être-dans-l’espace – qu’il appelle "l’habiter" – la condition même de "l’être-au-monde" humain : "Habiter, écrit-il, est la manière dont les hommes sont sur terre."

L’humanité, en tant qu’espèce, passe une très grande partie de son temps et met une grande part de son énergie à être affairée à des questions d’espace : reconnaître, explorer l’espace ; aménager, transformer l’espace ; défendre, conquérir l’espace. Sur le plan individuel, une vie humaine, une biographie humaine, c’est autant une géographie, c’est-à-dire une écriture de l’espace, qu’une chronographie, c’est-à-dire une écriture du temps. Et l’on pourrait très bien rapporter l’existence d’un être humain en reconstituant cette géographie, en décrivant l’ensemble des espaces dans lesquels cet homme ou cette femme a vécu, la manière dont il ou elle les a investis, aménagés, transformés, le rôle qu’ils ont joué dans sa vie matérielle, sociale, affective, imaginaire...

Des espaces qui produisent de l’identité et de la différence

Mais cet espace humain, que nous avons évoqué jusqu’à présent d’une manière générale et principielle, n’est pas un espace uni et unique, c’est un espace pluriel, multiple, fragmenté : les hommes vivent dans des espaces multiples, ils passent d’espace en espace, ils ont accès à certains espaces et pas à d’autres, ils élargissent ou au contraire ils réduisent leur configuration d’espaces au cours de leur existence. Nous n’aurions pas de mal à décliner quelques-uns de ces espaces qui sont constitutifs de la vie individuelle et sociale : espaces domestiques et familiaux (maison, pièces, chambres), espaces de proximité géographique et sociale (village, quartier, ville), espace d’appartenance civique où nous allons rencontrer les termes et notions de territoire, de pays, de nation ; et l’on y ajouterait sans peine les espaces professionnels, les espaces institutionnels, les espaces culturels et cultuels, les espaces publics...

Tous ces espaces ont une réalité physique, matérielle, ce sont des lieux, des sites, des constructions, des monuments, des objets. Mais tous ces espaces ont aussi une réalité idéelle, symbolique, ils sont chargés de représentations et de valeurs, ils impliquent des modes de circulation, de fonctionnement, de relation. Ils impliquent aussi de la part de ceux qui les fréquentent – ou plutôt de ceux qui les "habitent" et qui "sont habités" par eux – des conduites d’appartenance, des processus d’identification et de différenciation : en un mot, ils produisent de l’identité, et donc aussi de la différence, nous y reviendrons tout à l’heure.

C’est entre ces espaces pluriels que la notion de frontière trouve sa place, en tant que ligne de séparation et que ligne de contact. À vrai dire, parmi les espaces rapidement évoqués plus haut, tous ne sont pas clos sur eux-mêmes, certains se recouvrent, se recoupent, s’emboîtent, et le terme de frontière ne conviendra pas nécessairement pour désigner ce qui constitue leurs limites. Mais la considération de ces espaces nous donne précisément l’occasion de réfléchir sur ce qui est en jeu dans la notion de frontière, au type de relations que le terme implique entre les espaces qu’il distingue. La frontière, comme l’indique d’ailleurs l’étymologie (frons, le front, la première ligne d’une armée, que l’on retrouve dans aller au front, faire front) est liée à l’idée de défense, de protection d’un espace-territoire contre une menace potentielle : la frontière, c’est le "front" défensif, c’est la ligne armée contre un ennemi éventuel venu de l’extérieur. Si les limites entre les États, les nations, les peuples sont des "frontières", c’est bien sûr parce que, juridiquement et historiquement, ces entre-deux ont focalisé et continuent à focaliser de telles menaces et de telles lignes de défense.

Vous remarquerez que, parlant des pays de l’Union européenne, on dit couramment qu’ "il n’y a plus de frontières" entre eux, ce qui est bien sûr juridiquement et politiquement erroné. On veut dire qu’il n’y a plus de défense éventuellement armée, qu’il n’y a plus de système de contrôle défensif en ces lieux toujours bien réels de séparation d’un territoire national à un autre, d’une souveraineté nationale à une autre. Mais on pourra aussi transposer, d’une manière métaphorique, le langage de la frontière dans des espaces qui n’engagent pas habituellement entre eux de tels enjeux juridiques et politiques. Une telle territorialisation domestique (ma chambre-ta chambre) ou urbaine (ma cité-ta cité) retrouve le langage de la frontière entre des espaces investis défensivement et qui désignent clairement, sinon des ennemis, du moins des personnes extérieures, des "étrangers" à l’espace que l’on reconnaît pour sien et que l’on pense avoir à défendre contre l’autre, contre l’intrus.

La frontière, en désignant la ligne de séparation géographique entre un dedans et un dehors, un ici et un ailleurs, recoupe une autre ligne de séparation, celle-là identitaire, entre un espace-territoire considéré comme sien (un "chez-soi") et un espace-territoire vécu comme "étranger". La frontière entre dans un jeu d'identification et de différenciation auquel elle donne une dimension de réalité tangible. Elle polarise une opération de territorialisation de l’espace en démarquant ce qui est à soi et ce qui est à l’autre ; elle focalise dans le même temps un sentiment identitaire : le territoire qu’elle délimite me constitue et me constitue différent de l’autre, de celui qui est d’un autre territoire. Au-delà de la frontière habite l’Autre. La frontière inscrit en quelque sorte dans l’espace les figures de soi et de l’autre. Et l’on sait quelle peut être la nature de cette inscription, lorsqu’on dresse des murs ou des haies de barbelés, que l’on élève des miradors, que l’on ménage des no man’s land. Tous les nationalismes font fonctionner ce recouvrement de l’identité et du territoire, qui ne peut que se nourrir de la haine de l’autre, et donc de la guerre portée contre son territoire. Mais, encore une fois, ces haines et ces guerres n’existent pas qu’entre les pays ou entre les nations. Elles peuvent également se trouver dans la famille, dans l’entreprise, dans les campagnes et dans les villes, partout où l’espace, parce qu’il est un enjeu en termes d’avoir et de pouvoir, de place et de statut, fait l’objet de tels investissements identitaires. Pour n’ajouter qu’un exemple à ceux évoqués rapidement tout à l’heure, les pratiques de harcèlement au travail, de harcèlement moral, jouent fréquemment sur des déplacements ou des privations de "territoires" et sur les répercussions psychologiques qui peuvent en résulter dans le sentiment de leur identité pour les personnes dont on bouleverse précisément les frontières de l’espace professionnel.

Des frontières dans les têtes

Nous avons jusqu’ici considéré la frontière en tant que ligne de démarcation entre des espaces et nous avons rapidement montré comment cette réalité tangible focalisait des sentiments identitaires souvent antagonistes. Il faut cependant aller plus loin que cette représentation matérielle, extérieure de la frontière. La frontière n’est pas seulement la limite physique entre deux territoires. La frontière est aussi intérieure et mentale, elle est aussi "dans les têtes" : elle est tout ce qui, dans les représentations que nous nous faisons de nous-mêmes et des autres, sépare l’identique du différent, le même de l’autre, le soi de l’étranger. Les sociétés entre elles, les individus au sein des sociétés ne cessent de "poser des frontières" visibles et invisibles, conscientes ou non conscientes, qui construisent le sentiment de leur identité et de leur différence : frontières entre les peuples et les cultures, frontières entre les races et les religions, frontières entre les classes et les groupes sociaux, frontières entre les âges, frontières entre les genres. Un livre récent vient opportunément éclairer cette question et faire un point très précis sur quelques-unes de ces "frontières intérieures" : il s’agit de l’ouvrage collectif dirigé par Didier Fassin et intitulé Les nouvelles frontières de la société française. Didier Fassin fait remarquer que, là où la langue française ne dispose que du seul mot "frontière", l’anglais, entre autres termes, fait la distinction entre deux mots : d’une part, border, qui désigne la démarcation qui sépare des territoires, en particulier nationaux ; et d’autre part, boundary qui renvoie aux limites invisibles, symboliques tracées entre catégories sociales et groupes humains. Les études qui sont rassemblées dans l’ouvrage traitent de ces « frontières invisibles » par lesquelles on cerne en France des catégories de populations ressenties comme « étrangères ». Or l’étranger dessiné par ces "nouvelles frontières" n’est plus l’étranger extérieur, l’étranger de l’autre côté de la frontière, mais un "étranger de l’intérieur". Sont concernés en particulier des Français d’origine maghrébine ou africaine que l’on continue à voir comme des "étrangers", que l’on continue à désigner comme "issus de l’immigration" ou même comme "immigrés de deuxième ou de troisième génération", et à qui n’est reconnue au fond qu’une "moindre francité". "Par frontières internes, écrit Didier Fassin, j’entends les limites entre catégories sociales racialisées héritées d’une double histoire de la colonisation et de l’immigration : ces limites distinguent des individus et des groupes sur des indices variables de couleur, d’origine, de culture, voire de religion qui ont en commun de radicaliser la différence." Et il ajoute : "Ces frontières internes sont des constructions idéologiques dont l’efficacité pratique est considérable du point de vue de l’accès à des ressources telles que l’éducation, l’emploi ou le logement." Ces frontières non officielles trouvent leur traduction dans des réalités malheureusement très concrètes et connues de tous : nous savons bien qu’un citoyen américain ou scandinave vivant en France, même s’il parle très mal notre langue, sera considéré comme "moins étranger" qu’un Français d’origine malienne ; il trouvera plus facilement du travail, accédera plus facilement à un logement, aura des rapports plus faciles avec l’administration et la police, sera l’objet de moins de préjugés...

La prégnance de frontières intérieures

Il y a une véritable banalisation de cette représentation de "l’étranger de l’intérieur", y compris à un niveau politique : en témoignent aussi bien la création en 2007 d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale que l’orientation donnée au débat sur l’identité nationale ou encore que les mesures à ciblage ethnique prises à l’encontre des gens du voyage et des Roms. Dans tous les cas, il s’agit de mettre en figure le rapport d’une identité française qui serait une identité "de souche" avec une altérité de l’intérieur ressentie comme menaçante.

Le même type de frontières intérieures structure le monde social en distinguant les groupes et les habitus sociaux. Le processus de la "distinction" analysé par Pierre Bourdieu repose sur ces formes implicites de catégorisation qui définissent des manières d’être et de faire propres à tel milieu social, à tel groupe socioprofessionnel, et qui fonctionnent comme autant de signes de reconnaissance internes et externes. Vous permettrez que je vous en donne un exemple littéraire : lisant ces jours-ci, la nouvelle de Tolstoï, La Mort d’Ivan Ilitch, je relève ce passage dans lequel le narrateur évoque la manière dont Ivan Ilitch, qui est un haut magistrat dans la Russie des années 1880, conçoit et fait aménager sa nouvelle demeure : "Au fond, son intérieur ressemblait à celui de tous ceux qui n’ont pas beaucoup d’argent, mais qui veulent ressembler aux gens riches, alors qu’ils ne réussissent qu’à se ressembler entre eux : tentures, bois d’ébène, fleurs, tapis, bronzes, teintes sombres ou brillantes - tout ce que font les personne d’une classe déterminée pour être pareilles à toutes les personnes composant cette même classe." Je ne dirai pas que Bourdieu n’a rien inventé, mais qu’en tout cas Tolstoï se montre ici précocement plus bourdieusien que Bourdieu lui-même ! Et d’autant plus quand il ajoute : "Et chez lui [chez Ivan Ilitch] tout était si conforme que rien n’attirait l’attention ; mais tout lui semblait, à lui, original." Ce qui montre bien comment ces frontières intérieures et les espaces de représentations et de comportements qu’elles délimitent agissent de façon redoutablement opérante tout en restant implicites et non conscientisées. Un autre domaine dans lequel la prégnance des frontières intérieures est particulièrement forte est celui du genre. Le genre est une construction historique et culturelle, un système de rapports sociaux et symboliques qui définit les catégories du masculin et du féminin et distribue entre elles des attributs, des rôles, des identités. Cependant, si les frontières du genre et du sexe sont si fortes, c’est qu’elles ont été naturalisées, essentialisées : naissant de sexe féminin, on est "femme" et on vit une histoire de "femme" ; naissant de sexe masculin, on est "homme" et on vit une histoire d’"homme". Ce naturalisme d’un genre aligné sur le sexe définit un rapport à soi et aux autres fondé sur une disposition sexuelle strictement homo-identifiée et hétéro-orientée : le sexe féminin identifie naturellement une sexualité féminine orientée vers le sexe masculin, le sexe masculin identifie naturellement une sexualité masculine orientée vers le sexe féminin. Ce naturalisme du genre est ainsi gros pour chacun d’une histoire de soi et d’une histoire de l’autre clivée par le sexe, qui commence dès la naissance et que l’éducation et les normes sociales entretiennent et confortent. Tous les combats menés depuis des époques relativement récentes dans le domaine du genre et du sexe - qu’il s’agisse des versions successives du féminisme, des mouvements gays et lesbiens, des revendications trans-sexuelles, trans-genres et transidentitaires - ont pour visée d’apporter "le trouble dans le genre" (pour reprendre le titre de Judith Butler) et de déconstruire les frontières prétendument naturelles d’un sexe-genre et les assignations dont elles sont porteuses. D’une façon générale, et pour conclure ce point, la notion de frontière s'avère essentielle à la compréhension des groupes sociaux. Pour les sciences sociales, la notion de frontière constitue un outil particulièrement pertinent pour réfléchir sur les formes multiples de maintien et de recomposition de la distance entre les différents groupes sociaux, en particulier dans des sociétés touchées par des processus de recomposition du social. Ces frontières ne sont d’ailleurs pas données ni immuables, elles se construisent, se franchissent et se déconstruisent dans le temps et avec le temps, marquant ainsi les évolutions d’une société et des groupes qui la composent.

La frontière dans la construction de soi et de l’autre

Ce que nous avons dit jusqu’ici à propos des frontières - extérieures ou intérieures, visibles ou invisibles – fait, je crois, assez bien percevoir que ce qui se joue "à la frontière", c’est le rapport du même et du différent, c’est le rapport de soi à l’autre, envisagé dans une dimension individuelle ou dans une dimension collective. Ce rapport, nous l’avons jusqu’ici essentiellement (et classiquement) évoqué en termes de délimitation, de démarcation, de séparation, de différence, voire d’exclusion et de rejet. Mais si elle délimite et sépare, la frontière est aussi ce qui met en rapport, ce qui fait "se toucher" des univers différents. Et je prends ici "se toucher" aux deux sens du terme : à la fois être en contact et être affecté, être dans une relation de proximité, de contiguïté physique, et être atteint dans son être psychique et affectif. Traduisant ce propos en termes politiques, je pourrais développer ici l’idée portée par les grandes institutions internationales, portée aussi par certaines réalisations politiques comme l’Union européenne, d’une culture positive des frontières, de la frontière comme lieu d’échanges et de dialogue entre les peuples et les cultures. Et sans doute aurons-nous à retrouver cette dimension qui sert de leitmotiv à toutes les grandes réunions internationales, à tous les "sommets de la paix" et autres tentatives pour établir, sinon des formes de gouvernement mondial, du moins des solutions pacifiques aux conflits qui déchirent certaines régions de la planète.

Nous comme autre pour autrui

Je souhaiterais, pour ma part, reprendre les choses plus en aval, et à un niveau peut-être plus psychologique. Il me semble que la frontière, élément constitutif de notre rapport individuel et collectif à l’autre, est aussi un élément constitutif de notre rapport à nous-même. Les choses ne sont peut-être pas aussi simples que nous les avons présentées jusqu’ici. L’image classique de la frontière "territoriale" prête en effet à une conception un peu courte de la manière dont se construit l’identité, que ce soit celle d’un individu ou celle d’une collectivité, entre un dedans et un dehors, un ici et un ailleurs, un même et un différent, donc sur des jeux tranchés de différenciation et d’opposition. Cette conception de l’identité - qui est au fond calquée sur une représentation spatiale des individualités - nous amène en quelque sorte à dire : autrui n’est pas moi, je ne suis pas autrui, nous nous construisons l’un et l’autre dans l’affirmation de nos différences, en nous opposant, en « mettant des frontières » entre nous. Même s’il y une part de vérité dans cette façon de voir les choses, penser exclusivement ainsi conduit à méconnaître "la part de l’autre en nous", le fait que l’autre participe à l’élaboration de notre expérience et de notre individualité. Sartre, dans L’Etre et le Néant, a une très belle et juste formule pour dire cela : je suis "un être qui implique l’être d’autrui en son être". Je reviens ici à ce que je disais tout à l’heure sur la frontière comme point de contact, comme point de "toucher". La frontière, d’une certaine façon, n’appartient ni à un "territoire" ni à un autre, elle n’appartient ni à moi ni à l’autre, elle est une zone d’échanges et de contacts nécessaire à la vie psychique comme à la vie sociale. Nous ne cessons notre vie durant et en toute occasion de notre expérience d’être en approche, en négociation, en franchissement de frontière avec l’autre.

Dans toutes nos façons d’être-au-monde, dans nos relations interindividuelles, dans notre vie sociale et professionnelle, nous sommes sans cesse confrontés, de façon plus ou moins intense et consciente, à l’autre que nous et à ce qu’est l’autre pour nous, et réciproquement (même si l’expérience en est moins directe) à nous comme autre pour autrui, à ce que nous sommes pour les autres. Nous sommes dans des rapports continuels de constitution-construction réciproque de nous-même aux autres et des autres à nous-même, qui font constamment bouger les frontières de soi et de l’autre. Ce qui est en jeu dans ce rapport à l’autre, c’est nous-même. Nous ne cessons de faire l’épreuve de nous-même dans notre rapport à l’autre. Dans cette expérience constitutive de nous-même, les frontières passent peut-être moins entre nous et les autres qu’elles ne sont en nous-mêmes, qu’elles ne délimitent la place nécessaire que nous faisons à l’autre en nous. Place qui peut prendre l’aspect de l’ouverture et de l’altruisme, mais qui relève d’abord des exigences de notre fonctionnement psychique et du jeu normal de la vie sociale. Telle est la frontière : réalité physique et territoriale, réalité sociale et politique, mais aussi phénomène psychique, cognitif et comportemental qui joue un rôle majeur dans les processus de construction de soi et dans la relation à soi-même et au monde. 

Christine Delory-Momberger

Bibliographie

Trouble dans le genre, Paris, La Découverte, 2005. FASSIN (D.) (dir.), 

Les nouvelles frontières de la société française, La Découverte, Paris, 2010. HEIDEGGER (M.), 

"Bâtir, Habiter, Penser", Essais et conférences, Gallimard, Paris, 1958. LUSSAULT (M.), 

L’Homme spatial. La construction sociale de l’espace humain, Seuil, Paris, 2007. NANCY (J.-L.), 

L’Intrus, Galilée, Paris, 2000. TOLSTOÏ (L.), 

"La Mort d’Ivan Ilitch", in Nouvelles et récits, Garnier-Flammarion, Paris, 2007.

Sommaire
Publication source
Vers l'éducation nouvelle
Pédagogie interculturelle - Démarches éducatives
n°541
Juin 2012

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