L’école peut-elle réaliser l’idéal républicain ?

Les débats sur l’élitisme scolaire s’inscrivent dans une double interrogation. Sur la culture élitiste associée à la République, tout d’abord ; sur le rôle de l’école et sa capacité à assurer l’idéal démocratique de l’égalité des chances, ensuite.

 

La République est née dans un contexte où la question était moins le brassage social que l’émergence de nouvelles élites. L’idéal d’égalité porté par les lois de Jules Ferry est bien réel, mais il s’articule avec une vision hiérarchique du monde : l’ambition des républicains du dix-neuvième siècle est de mettre au sommet de la pyramide des hommes reconnus pour leur talent ou leur mérite, et non les héritiers des anciennes classes dominantes.

Or, le principe même de cet élitisme est aujourd’hui entré en crise. La sociologie nous a appris depuis plusieurs dizaines d’années à y repérer des logiques de maintien des positions où le "mérite" et le "talent" cachent bien souvent l’héritage culturel et le capital social. En outre, dans une société éduquée et démocratique les mérites des élites dirigeantes sont eux-mêmes mises en cause, comme on peut l’observer aujourd’hui dans des univers aussi différents que les partis politiques ou les grandes entreprises. Les hiérarchies sont aujourd’hui sommées de se légitimer. À tort ou à raison, les élites sont désormais associées à l’aveuglement technocratique et à des privilèges de caste. La dimension aristocratique longtemps assumée par le modèle républicain français n’échappe pas à ces interrogations et à ces impatiences.

Dans ces conditions, les doutes sur les capacités de l’école à structurer les logiques sociales prennent une vigueur nouvelle. Depuis les travaux de Pierre Bourdieu et Raymond Boudon, on sait la difficulté de cette institution à garantir une réelle égalité des chances. Mais le débat lancé dans les années 1960 se trouve aujourd’hui posé dans des termes différents : ne serait-ce pas la démocratisation, le collège unique en particulier, qui seraient en cause ? La résurgence des inégalités, les anciens déterminismes sociaux qui reviennent structurer notre société et emprisonnent les destins des individus ne seraient-ils pas le produit paradoxal d’un égalitarisme scolaire ayant fini par tirer tout le monde vers le bas ?

À ces questions troublantes on ne peut répondre simplement. Elles demandent à être instruites et à nourrir un débat sérieux et aussi ouvert que possible. Héritière des idéaux de Jules Ferry, la Ligue de l’enseignement a vocation à intervenir dans ce débat. Cela suppose d’abord de le porter en son propre sein. C’est pourquoi il nous a semblé important de le mettre en perspective et surtout de montrer comment les deux crises s’éclairent mutuellement.

La crise de l’élitisme peut être envisagée comme une forme de populisme, ou au contraire comme un signe de maturité démocratique. De même l’école peut-elle être appelée à renouer avec un élitisme mieux conçu, ou au contraire à emprunter d’autres voies, celles proposées naguère par Ivan Illitch ou expérimentées dans les pays nordiques.

Nous sommes à la croisée des chemins et les choix qui seront faits n’engagent pas seulement les missions d’une institution, mais bel et bien un projet de société. Sans préjuger de la voie qui sera choisie, un principe doit être rappelé : que la République décide ou non d’assumer un élitisme aujourd’hui contesté, l’enjeu premier est et doit être une meilleure éducation de l’ensemble de la population.

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