Vendredi 8 Juin 2012

Doit-on noter les élèves à l’école primaire ?

Question qui paraît absurde tant la pratique de la notation est inscrite dans l’histoire de l’éducation ! Elle en est sans doute la représentation symbolique au même titre que le tableau noir et la craie. En ce sens, elle perpétue un stéréotype bien réel constituant un obstacle au changement aussi fort que celui de la mère occupée à laver la vaisselle ou à changer la couche de bébé.

L’enseignement serait-il envisageable sans note ? Comme le tableau noir et la craie qui sont peu à peu remplacés par le Velleda à feutres ou plus récemment le TBI *, pourrait-on envisager le changement et évaluer autrement les apprentissages des élèves ? Formuler ainsi la question, c’est donner une piste de réponse : la bascule à effectuer est en effet un passage de la notation de l’élève à l’évaluation de ses apprentissages, en premier lieu de ses acquisitions. Je conçois que pour celle ou celui qui, depuis trente ans, note les élèves, ce n’est plus un passage, un glissement mais une révolution copernicienne.

Aussi, si l’on ne veut pas inquiéter et déstabiliser les plus attachés aux traditions, cheminons pas à pas de la nota- tion de l’élève à celle de ses productions: « Ta lecture vaut tant, tes notes sont faibles mais toi, tu n’es pas nul, seule ta réalisation du moment est défaillante ». Je renvoie ceux qui pensent que nous jouons là sur les mots, aux psychologues scolaires et pédo-psychiatres qui s’échinent à remotiver des enfants scolarisés avec des enseignants qui jouent avec leurs maux, en toute bonne conscience. Mieux, à mon sens, que d’imposer d’en haut la déconstruction d’un système qui sécurise une grande majorité d’enseignants – eux-mêmes et tout au long de leur carrière, notés par leur supérieur - il faut en appeler à une forme d’originalité sinon de créativité pédagogique. Célestin Freinet, Fernand Oury et tant d’autres dans leur sillage, ont mis en acti- vité leurs élèves et évalué l’acquisition de leurs compétences sans asséner une notation qui mette tout le monde au pas. Dans de nombreuses classes aujourd’hui, les ceintures de couleur de la pédagogie institutionnelle évaluent très clairement pour l’élève, la progression de chacun.

Il ne s’agit plus d’être classé devant Pablo ou d’être meilleur que Marion mais d’avoir des résultats supérieurs à ceux que soi-même on avait obtenu précédemment. Quel plus bel objectif pour un enfant que d’être meilleur que lui- même ? En savoir davantage demain qu’aujourd’hui et aujourd’hui plus qu’hier, tel est le principe de l’élévation, de l’ascension.

Les ressources existent donc, et même si je ne sais plus trop où elles vont être présentées aux futurs professeurs d’école, elles sont un premier moyen d’opérer le glissement nécessaire.

Autre piste, inépuisable : l’inventivité pédagogique : c’est en ce domaine que le professeur d’école a encore la plus grande marge de manœuvre ; il serait vraiment dommage qu’il s’interdise d’être créatif ! 

 

Daniel Comte - proviseur adjoint de lycée, militant Ceméa