Vendredi 6 Feb 2015

Discipline, Prix du festival du film d'éducation

Ce film a été récompensé par le jury Jeunes lors de la 10ème édition du Festival européen du film d'éducation à Évreux le 6 décembre 2014.

Tout commence par un caprice. Un simple petit caprice de petite fille comme il en existe tant dans les supermarchés, un caprice pour des bonbons ou autres sucreries toujours à portée de la main des enfants. Lorsque les parents ne cèdent pas, cela peut finir en drame familial. Ici, cela finit en bataille rangée dans la rue, devant le magasin. Parce que tout le monde s’en mêle et que personne n’écoute les autres. La voix de celui qui tente de calmer le jeu est vite couverte par les insultes, sexistes, xénophobes, racistes, qui fusent de tous côté. Une claire parabole du malaise qui mine nos sociétés occidentales qui ont tant de mal à s’adapter au multiculturalisme qui les caractérise aujourd’hui.

Ce film est un brulot, d’un humour grinçant, dévastateur pour la bonne conscience des honnêtes gens. Car si le spectateur rit d’abord des autres, il ne peut éviter de s’interroger sur lui-même. Qui n’a jamais été tenté de donner une gifle à un enfant particulièrement insupportable au moment où l’on est le plus énervé par les soucis de la vie ? Qui n’a jamais pensé que ceux qui n’ont pas la même langue maternelle que vous ne peuvent que la déformer et sont incapables d’en comprendre toutes les subtilités ? On pourrait ainsi multiplier les domaines où il est toujours difficile d’accepter la différence, de l’accueillir sans se sentir soi-même remis en cause, de la considérer en elle-même, sans la juger, sans établir de hiérarchie.

Si le film débute par un débat sur l’acceptation ou la condamnation de la gifle comme acte éducatif vis-à-vis d’un enfant, il déborde rapidement cette sphère domestique. Les personnages qu’il met en scène sont bien sûr caricaturaux, mais leur description va à l’essentiel, comme dans toute comédie qui ne cherche pas à faire rire uniquement pour distraire et faire oublier notre quotidien. Et l’on se dit que le format court trouve ici toute sa signification, qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter une minute de plus, que chaque plan est si porteur de sens qu’il n’a pas besoin d’être répété, redoublé, démultiplié. Disciple est un film où l’on parle beaucoup, où tout le monde parle même en même temps. Mais c’est tout le contraire d’un film bavard. Parce qu’il ne donne aucune explication. Chaque réplique est indispensable, irremplaçable. Un film court, plus percutant que bien des films longs. Un film où la caméra est au cœur de l’action. Où le filmage est lui-même action. Et où le montage passe tellement inaperçu qu’on peut dire qu’il est le fruit d’un travail minutieux, obstiné, d’une précision extrême. Et tout cela sans effets spéciaux. Du pur cinéma.

Jean Pierre Carrier