SOS colos associatives ?

Le contrat d’engagement éducatif (CEE) oblige désormais les animateurs de colonies de vacances à respecter un temps de repos quotidien de 11 h pour 24 h d’encadrement. Ce qui mathématiquement impose aux organisateurs de séjours d’augmenter le nombre d’encadrants. Et si l’article 124 de la loi Warsmann prévoit que ce repos puisse être tout ou partie reporté en fin de séjour, il ne met pas fin à l’inquiétude des organismes associatifs.

 

L' article 124 de la loi Warsmann permet donc de diminuer la durée du repos quotidien en reportant des heures manquantes à la fin du séjour, par l’allongement du contrat d’engagement éducatif, sans indemnité supplémentaire. Cet aménagement juridico-technique se traduit dans la réalité par l’impossibilité pour un animateur, durant cette période, d’encadrer un autre séjour. Autant dire une double peine pour les 200 000 jeunes concernés par le contrat d’engagement éducatif (CEE), qui verront se réduire leur nombre de jours d’activité et leur rémunération.

Du côté des organisateurs de colonies de vacances, cette loi constitue un vrai casse-tête. En l’absence d’aides nouvelles de l’État, ils pourraient être contraints d’un côté, d’augmenter le prix du séjour pour répercuter les surcoûts de l’embauche de personnel supplémentaire et de l’autre, de diminuer le montant d’indemnisation des animateurs. Cette dernière est calculée sur la base de 2 heures de Smic par jour auxquelles s’ajoute une indemnité facultative.

À la Ligue de l’enseignement par exemple, le montant de cette indemnité est souvent supérieur aux 2 heures de base et même à l’indemnité conseillée. Enfin, la qualité et la continuité éducative du séjour pourraient souffrir de ces nouvelles contraintes. Toujours pour répercuter les surcoûts, les organisateurs pourraient augmenter le nombre d’enfants sous la responsabilité de chaque animateur. Il faut savoir qu’aujourd’hui, la loi oblige à 1 animateur pour 12 enfants pour les plus de 6 ans et à 1 pour 8 pour les moins de 6 ans. Or la Ligue de l’enseignement garantit 1 animateur pour 8 enfants de plus de 6 ans et 1 animateur pour 6 pour les moins de 6 ans.

Colos en sursis, tourisme social en berne

1160000 enfants partent chaque année en colonies de vacances. À l’heure où ces départs  sont encore plus fortement marqués par les inégalités liées au revenu des familles, la perspective d’obliger les associations à augmenter le prix des séjours est désastreuse.

Elle l’est aussi pour les collectivités, les comités d’entreprise ou les caisses d’allocations familiales (CAF), qui demain devront accepter de voir leur participation financière s’alourdir ou le nombre d’enfants concerné par leur action diminuer. Selon la toute dernière enquête conduite par l’Ovlej [1] - Études et recherche de la JPA, les aides au départ s’avèrent indispensables puisque 88 % des familles, ayant fait partir leur enfant en séjour collectif, n’auraient pu le faire sans celles-ci. Toujours d’après cette étude, "si les aides des Caf ciblent les familles les plus défavorisées, les classes moyennes si elles n’ont pas accès à un comité d’entreprise ou ne vivent pas dans une commune qui contribue au financement des séjours collectifs, rencontrent des difficultés croissantes à faire partir leur enfant dans ce cadre".

Chaque année, ce sont 3 millions d’enfants et de jeunes qui ne partent pas en vacances 2  (25 % de la population des 5 à 19 ans). Du coup, les vacances avec les parents se généralisent. Mais les contraintes financières réduisant le nombre de séjours dans l’année, elles deviennent pour les deux tiers des moins de 16 ans et près de 50 % des plus de 17 ans le seul mode de vacances. Comme le note l’enquête, "l’accès à une diversité d’expériences de vacances s’avère réservé aux enfants des catégories les plus aisées et cultivées".

Qu’en est-il alors de l’apprentissage de l’autonomie et de la pratique de la vie collective, de l’échange et de la mixité sociale ? Les centres de vacances des organismes associatifs restent encore – mais pour combien de temps ? – des espaces privilégiés hors du temps scolaire et de la cellule familiale.

L’espoir du volontariat de l’animation

C’est en mars dernier que le groupe de travail dit Nutte, composé entre autres de la Ligue de l’enseignement, de la JPA, de l’UCPA ou du comité d’entreprise de la SNCF et chargé de travailler sur le contrat d’engagement éducatif depuis septembre 2011, a remis son rapport au ministre Luc Chatel.

S’il envisage à court terme le soutien à l’article 124, il propose à long terme la création d’un véritable statut de volontariat de l’animation, reprenant une proposition formulée par les associations. Pour la Ligue de l’enseignement, comme de nombreux organismes associatifs, encadrer des enfants ne relève pas de la même démarche qu’un petit boulot d’été alimentaire. Entre bénévolat et salariat, cet engagement formateur et valorisant dans le parcours des jeunes nécessite un cadre sécurisé et adapté, comme les actions de solidarité internationale ou les pompiers volontaires.

Parmi les pistes envisagées, le volontariat de l’animation serait conçu sur une durée déterminée et se limiterait à l’accueil collectif de mineurs avec hébergement pendant les vacances scolaires. L’indemnité versée aux animateurs pourrait être équivalente à la rémunération du CEE, mais elle ne remettrait en cause ni le caractère désintéressé ni une protection sociale. Enfin, l’organisme d’accueil aurait un devoir de formation, comme par exemple celui d’inscrire le jeune dans le cycle de formation BAFA-BAFD.

Sauver les centres de vacances des organismes associatifs, préserver un tourisme social face aux offensives du secteur marchand, c’est continuer à défendre un droit fondamental, celui du droit aux vacances pour tous.

1. Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes.

2. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, les vacances sont définies par des déplacements d’agrément d’au moins 4 nuits consécutives hors du domicile.

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